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En 1735, Voltaire écrivait à M. Desforges-Maillard (un avocat de province qui lui avait envoyé des vers trop faciles): Je n'estime la poésie qu'autant qu'elle est l'ornement de la raison ?

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Pour eux, la poésie a un domaine à part, domaine quasi métaphysique : le secret du monde, le « moi » le plus intime. Baudelaire avec sa théorie des « correspondances » est à l'origine du courant moderne suivant lequel la poésie est un mode de connaissance supérieure. 5. La théorie de Voltaire risque donc de nous sembler désuète et superficielle; est-ce à dire, comme on est tenté souvent de le faire, qu'elle mérite d'être condamnée sans appel ? Il faut bien s'en garder, car on peut se demander dans quelle mesure elle n'annonce pas la poésie « engagée ». Évidemment Voltaire poète est un mondain, et ces « ornements » de poésie auxquels il pense sont légers, frivoles et destinés à amuser une société qui veut se distraire. Mais si l'on accorde une signification plus profonde à sa réflexion, Voltaire devient le porte-parole de tous ceux pour qui la poésie n'est pas une esthétique rare et raffinée, mais doit apporter une nourriture précise sous une forme qui attire l'attention. Dans la poésie moderne, il y a tout un courant qui tend à revenir à cette conception moins spécifique, moins pure de la poésie. Des poèmes comme La Diane française d'Aragon iraient assez dans ce sens. Plus classiquement, la poésie antique répondrait bien à la définition de Voltaire : Virgile, dans les Géorgiques, veut orner des connaissances rationnelles et sans doute assez peu attrayantes sur l'agriculture, sur les origines de Rome, etc.

« En 1735, Voltaire écrivait à M.

Desforges-Maillard (un avocat de province qui lui avait envoyé des « vers trop faciles ») : « Je n'estime la poésie qu'autant qu'elle est l'ornement de la raison.

» Vous expliquerez et vous discuterez ce jugement. REMARQUES POUR UN PLAN 1.

Voltaire se rallie à une conception formelle et ornementale : en d'autres termes, pour lui la poésie n'a pas de domaine spécial.

Tout ce qui relève de la raison (il faut entendre ici le mot au sens classique : ce qui est conforme à la vraisemblance, et surtout à un certain modèle universellement valable) peut faire partie de la poésie ou plutôt est susceptible d'ornementation poétique.

On aurait tort de croire que Voltaire prêche exclusivement pour la poésie didactique et rationnelle à la manière de L'Hermès d'André Chénier. 2.

Cette position s'explique par le climat de l'époque en matière poétique : déjà la querelle des Anciens et des Modernes avait débouché sur une querelle de la poésie.

Houdart de la Motte (Odes avec un discours sur la poésie en général, 1709. Discours sur la tragédie, 1730) semble s'opposer à Voltaire, mais en réalité ils sont à peu près d'accord : tous les deux considèrent que la poésie n'est que dans la forme; seulement, en face de Houdart, qui veut la proscrire, Voltaire pense que ce n'est pas un ornement à dédaigner.

Houdart, représentant le point de vue le plus avancé des Modernes, estime que le vers tyrannise le bon sens et doit être supprimé : lui-même donne l'exemple et essaie l'ode en prose.

Il pense que, s'il y a un domaine propre à la poésie, il n'a rien à voir avec la versification et il définit ce domaine : « la hardiesse des pensées, la vérité des images et l'énergie de l'expression »; toutes valeurs, pense-t-il, qui s'accommodent de la prose.

Il méconnaît la puissance affective de la poésie et l'incantation rythmique: « Je fais, déclare-t-il, quelque honte à des hommes raisonnables d'estimer plus un bruit mesuré que les idées qui les éclairent et les idées qui les touchent.

» En somme, il met la poésie dans le fond et ce fond est pour lui rationnel et oratoire : cette confusion avec l'éloquence domine tout le débat et durera jusqu'au romantisme inclus.

Voltaire, au contraire, qui lui a répondu, lui signale le mérite du vers et de « l'harmonie chantante qui naît de cette mesure difficile ».

Mais il croit, comme son adversaire, que le fond doit être identique à celui de la prose et que la poésie « n'est que l'ornement de la raison ».

Seulement, lui, Voltaire, attache de l'importance à cet ornement, alors que Houdart est persuadé qu'on peut s'en passer. 3.

Cette conception est celle de tout le XVIIIe siècle.

On dira alors : « beau comme de la prose ».

On verra dans la poésie un exercice difficile.

Si, dès le début du siècle, l'abbé Du Bos essayait de réhabiliter la valeur du sentiment (mais hors de la rime et de la versification), il faut attendre Chénier pour que soit rappelé le pouvoir spécifique du vers.

L'apport du romantisme, ce sera la réconciliation de trois éléments que le XVIIIe siècle n'arrivait pas à bien associer : versification, pouvoir spécifique du vers, sentiment. 4.

Pour une discussion, nous devrons nous demander à quelles tendances s'oppose le point de vue voltairien.

Il se heurte à deux conceptions : a) d'abord à la conception de ceux qu'on pourrait appeler « les poètes purs ».

Par l'association de mots heureusement choisis on parvient à provoquer un effet presque magique, incantatoire, sur la sensibilité humaine : cet effet n'est ni rationnel ni sentimental, il est spécifique, propre au vers.

Voir là-dessus l'abbé Bremond, Racine et Valéry; il signale : La fille de Minos et de Pasiphaé (Racine); Le prince d'Aquitaine à la tour abolie (Nerval). Baudelaire, Mallarmé, Valéry cherchent systématiquement des effets de ce genre; b) ensuite à la conception de ceux pour qui le poète est le prêtre d'un art quasi divin, chargé de révéler aux hommes des vérités essentielles sur le monde et sur eux-mêmes (nombreux adeptes de cette conception : déjà dans Platon : Ion — la Pléiade — les romantiques : Hugo, Vigny — certains symbolistes : Rimbaud pour qui le poète est un voyant, etc.).

Pour eux, la poésie a un domaine à part, domaine quasi métaphysique : le secret du monde, le « moi » le plus intime. Baudelaire avec sa théorie des « correspondances » est à l'origine du courant moderne suivant lequel la poésie est un mode de connaissance supérieure. 5.

La théorie de Voltaire risque donc de nous sembler désuète et superficielle; est-ce à dire, comme on est tenté souvent de le faire, qu'elle mérite d'être condamnée sans appel ? Il faut bien s'en garder, car on peut se demander dans quelle mesure elle n'annonce pas la poésie « engagée ».

Évidemment Voltaire poète est un mondain, et ces « ornements » de poésie auxquels il pense sont légers, frivoles et destinés à amuser une société qui veut se distraire.

Mais si l'on accorde une signification plus profonde à sa réflexion, Voltaire devient le porte-parole de tous ceux pour qui la poésie n'est pas une esthétique rare et raffinée, mais doit apporter une nourriture précise sous une forme qui attire l'attention.

Dans la poésie moderne, il y a tout un courant qui tend à revenir à cette conception moins spécifique, moins pure de la poésie.

Des poèmes comme La Diane française d'Aragon iraient assez dans ce sens.

Plus classiquement, la poésie antique répondrait bien à la définition de Voltaire : Virgile, dans les Géorgiques, veut orner des connaissances rationnelles et sans doute assez peu attrayantes sur l'agriculture, sur les origines de Rome, etc.... 6.

On voit en tout cas, en ce qui concerne la méthode, combien une telle étude devra être traitée sans perdre de vue l'histoire littéraire.

Les sujets sur la poésie sont toujours une tentation pour le bavardage et les impressions personnelles un peu vagues.

Or, il est peu de matière dont il faille parler avec plus, de rigueur d'esprit que cet art qui semble si flottant.. »

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