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Émile VERHAEREN (1855-1916) (Recueil : Toute la Flandre) - Les soirs d'été

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Émile VERHAEREN (1855-1916) (Recueil : Toute la Flandre) - Les soirs d'été Lorsque rentrent des alentours, Tels soirs d'été, les attelages, Les vieilles gens des vieux villages Se rassemblent aux carrefours. Les plus anciens semblent descendre Du calvaire de leurs cent ans ; Leurs petits yeux sont clignotants Dans leur face couleur de cendre. Ils sont à bout de tant marcher ; Ils radotent, sourient et pleurent, Puis se taisent, écoutant l'heure Casser le temps, à leur clocher. Les aïeules se sont assises Sur les roses d'un coussinet ; Les deux brides de leur bonnet Tombent d'aplomb sur leurs mains grises. Les veilleuses du souvenir Brûlent au fond de leurs mémoires ; Leur menton mâche des histoires Longues à ne jamais finir. La plus jeune passe à la ronde Quelques lambeaux d'un almanach ; Entre deux prises de tabac, On discute la fin du inonde. On reparle de morts fauchés Depuis quels temps ! - Dieu s'en souvienne. " C'était quand l'école gardienne S'ouvrait encore au vieux marché. " On dit ses deuils et ses misères ; On se chamaille et c'est à qui Traîne le plus dolent ennui Vers les plus noirs anniversaires. Tous sont jaloux de leurs douleurs : Défunt leur fils, morte leur fille ; Les boeufs, qui sont de la famille, Captés, un soir, par des voleurs. Et tous les maux que l'on endure Sans qu'on aille crier, merci ! Sève épuisée et sang moisi, Sous la chair flasque et la peau dure. Ainsi causent les vieilles gens, Les soirs d'été, dans les villages ; Sur le chemin, les attelages Fleurent, au loin, comme un encens. Et, jour à jour, les temps s'écartent ; Du lundi soir au samedi On ressasse ce qu'on s'est dit ; Mais le dimanche, on joue aux cartes.

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