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Dans son essai sur Les Personnages, Sylvie Germain, romancière contemporaine, écrit: tous les personnages sont des dormeurs clandestins nourris de nos rêves et de nos pensées. Cette conception du personnage vous paraît-t-elle partagée par les romanciers que vous connaissez.

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Cela peut valoir pour de nombreux personnages particulièrement célèbres : Valmont dans les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir de Stendhal... D'autre part, il se présente comme un dormeur clandestin, comme si la part de création qu'il représente n'était pas l'émanation de la volonté de l'auteur, mais une sorte d'expression d'une pensée ou d'un rêve de son époque, de la culture à laquelle il appartient, etc. On retrouve là une doctrine de l'inspiration semblable à celle des poètes de l'Antiquité ou du XVIè siècle, si bien que l'on pourrait mener une réflexion sur le statut des personnages au sein de l'avatar ancien du roman qu'est l'épopée : chez Homère, Ulysse, Achille, Hector, etc., peuvent-ils être considérés comme des créations esthétiques personnelles à Homère, ou comme des « dormeurs clandestins nourris des rêves et des pensées » de l'époque grecque archaïque ? Le flottement autour du personnage d'Homère accentue leur perception collective ; les personnages homériques semblent bien correspondre à la définition proposée par Sylvie Germain..     II. Le personnage comme mode de prise en charge, par un auteur original, de sa vision de l'homme et du monde   La seconde partie pourra confronter la vision de Sylvie Germain en mettant l'accent sur le rôle de la conscience et du travail personnels de l'auteur dans l'élaboration du personnage, et en minimisant la part de rêve que renferme le personnage. L'exemple de la « fabrication » de nombreux personnages et de déterminismes qui leur sont propres par Zola, dans l'ensemble du cycle des Rougon-Macquart, invite à envisager le personnage comme un système clos, cohérent et créé de toutes pièces par son auteur : citer par exemple l'arbre généalogique des Rougon-Macquart et l'influence de la « tare originelle » d'Adélaïde Fouque sur l'ensemble de sa descendance. Les personnages sont conditionnés ici par l'oeuvre elle-même et la conception personnelle qu'en a l'auteur. La critique du rôle que Sylvie Germain donne à « nos rêves » dans l'élaboration des personnages pourra quant à elle s'opérer grâce à un examen des positions du Nouveau Roman sur la question des personnages : les « nouveaux romanciers » refusent en effet de créer des personnages auxquels le lecteur peut s'identifier, ils mettent l'accent sur les choses qui influencent les êtres plutôt que sur les êtres eux-mêmes, ils en proposent des visions parcellaires ; on pourra se référer à l'essai de Nathalie Sarraute, L'Ere du soupçon, qui porte notamment sur ce problème. La notion d'auteur est alors requalifiée, celle de personnage comme « dormeur clandestin nourri de nos rêves et de nos pensées » trouve sa pertinence affaiblie.

« Définition des termes du sujet Le sujet porte sur la question de la nature des personnages de romans.

Il en propose une définition métaphorique, qui tend vers la poésie beaucoup plus que vers la théorie littéraire, si bien qu'il va falloir être particulièrement attentif à expliciter cette métaphore et à en mettre en évidence les enjeux, en s'y arrêtant assez longuement dans l'introduction du devoir. On peut remarquer d'abord le caractère absolu et général du propos de Sylvie Germain, puisqu'elle parle de « tous les personnages » : autrement dit, elle semble proposer ici une définition du personnage qui vaudrait dans tous les cas, pour toutes les esthétiques romanesques, ce qui peut porter à la problématisation et à la critique.

Il faut ensuite expliquer l'expression « dormeurs clandestins nourris de nos rêves et de nos pensées ».

Cette expression se décompose en deux temps : le premier temps définit la nature même du personnage, et qui est une nature de « dormeur clandestin » ; la seconde partie porte sur la manière dont les personnages viennent à l'existence, dans un processus par lequel il sont « nourris de nos rêves et de nos pensées ».

Un dormeur est à la fois un être inconscient et un rêveur : cela pourrait signifier que le personnage de roman n'a pas de prise sur ce qui lui arrive – peut-être parce qu'il est mis en forme par le romancier ; un clandestin est un être qui est présent sans y avoir été autorisé, qui vit dans le secret : le personnage pourrait alors être compris comme un être qui s'insinue dans l'esprit du lecteur, qui s'y impose et le marque d'une manière cachée, détournée.

Quant à la seconde partie de l'expression, elle fait du personnage un être qui existe parce que « nous » (l'auteur, mais aussi, ici, le lecteur, car l'extension du déterminant possessif « nos » n'est pas précisée) le nourrissons par nos rêves et nos pensées, nos rêves pouvant être à la fois ce dont nous rêvons effectivement quand nous dormons et ce à quoi nous aspirons, et nos pensées étant tout ce que nous pensons et formulons rationnellement – autrement dit, c'est l'ensemble du champ des productions mentales humaines, conscientes et inconscientes, qui viennent nourrir, d'une manière collective, les personnages de roman. Cette définition semble amoindrir le rôle du romancier, dont l'inspiration serait d'origine collective plus qu'individuelle ; d'autre part, elle lie le personnage au thème des rêves et des pensées, semblant élever le personnage au-dessus du domaine du réel quotidien – la teneur poétique de la définition proposée accentue d'ailleurs ce lien : ce sont ces deux éléments qui peuvent, dans la citation de Sylvie Germain, être particulièrement problématiques : peut-on en effet considérer le personnage comme une production après-coup, nourrie de la pensée collective, et non comme une création originale dont l'auteur a tout le mérite ? Est-il d'autre part pertinent de faire du personnage un medium du rêve, plus que de la réalité ? Eléments pour le développement I.

Le personnage comme émanation inconsciente des pensées et des rêves collectifs La première partie pourra essayer de valider la citation de Sylvie Germain en cherchant des exemples d'œuvres romanesques dans lesquelles le personnage pourrait se définir comme le fait le sujet et en interrogeant ces exemples. Le personnage tel qu'il est défini par Sylvie Germain est essentiellement collectif, il semble cristalliser des rêves et des pensées publiques et agir, en retour, comme une instance artistique publique, d'une manière clandestine car médiatisée par l'art.

Pour illustrer cela, on pourra penser à des personnages de roman particulièrement marquants et donc présents dans la culture collective de tous, même si tous n'ont pas lu le roman dont il émane : par exemple, chez Hugo, des personnages tels que Jean Valjean, dans les Misérables, ou de Quasimodo ou d'Esmeralda, dans Notre-Dame de Paris, semblent appartenir à une culture et à un inconscient collectifs, en même temps qu'ils incarnent des affects collectifs, liés, selon les cas, à la justice, à la rédemption, au malheur, etc.

Cela peut valoir pour de nombreux personnages particulièrement célèbres : Valmont dans les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir de Stendhal… D'autre part, il se présente comme un dormeur clandestin, comme si la part de création qu'il représente n'était pas l'émanation de la volonté de l'auteur, mais une sorte d'expression d'une pensée ou d'un rêve de son époque, de la culture à laquelle il appartient, etc.

On retrouve là une doctrine de l'inspiration semblable à celle des poètes de l'Antiquité ou du XVIè siècle, si bien que l'on pourrait mener une réflexion sur le statut des personnages au sein de l'avatar ancien du roman qu'est l'épopée : chez Homère, Ulysse, Achille, Hector, etc., peuvent-ils être considérés comme des créations esthétiques personnelles à Homère, ou comme des « dormeurs clandestins nourris des rêves et des pensées » de l'époque grecque archaïque ? Le flottement autour du personnage d'Homère accentue leur perception collective ; les personnages homériques semblent bien correspondre à la définition proposée par Sylvie Germain.. II.

Le personnage comme mode de prise en charge, par un auteur original, de sa vision de l'homme et du monde La seconde partie pourra confronter la vision de Sylvie Germain en mettant l'accent sur le rôle de la conscience et du travail personnels de l'auteur dans l'élaboration du personnage, et en minimisant la part de rêve que renferme le personnage. L'exemple de la « fabrication » de nombreux personnages et de déterminismes qui leur sont propres par Zola, dans l'ensemble du cycle des Rougon-Macquart, invite à envisager le personnage comme un système clos, cohérent et. »

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