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Commenter cette phrase de Jules Lemaître : « J'admire ce surprenant Molière de toute mon âme : tandis qu'il intéresse les érudits, il fait penser les philosophes, et sait, mieux que tout autre, amuser les enfants. » ?

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Mais le plus souvent, chez des êtres dont la vie se passe sans cesse dans une ambiance de salons et d'intrigue, l'orgueil se limite désormais au besoin de briller par les moyens les plus futiles. Tel Oronte qui sacrifie à la poésie et dont l'ambition unique consiste à se faire saluer à tout propos comme un grand poète, tel Acaste et Clitandre qui ne veulent que faire admirer leurs rubans et leur costume et les plates méchancetés qu'ils prennent pour des épigrammes. Tous sont gens de qualité qui savent tout sans avoir rien appris, et leur extrême vanité les amène à ne considérer les autres que comme l'instrument de leur bon plaisir ; ils n'ont pas même conscience de faire souffrir un être humain - Don Juan, par un caprice, brise, comme sans y penser, le coeur d'Elvire - et exploitent sans vergogne la naïveté d'autrui ; voyez Dorante bernant et volant Monsieur Jourdain. La bourgeoisie commence, elle, à la même époque, à s'affirmer. Elle commence à prendre dans la société une importance croissante, mais elle s'adapte avec difficulté à cette position nouvelle. Pour une Henriette qui joint à une culture honnête le sens de la vie et de ses réalités, combien de Chrysale enfoncés dans la banalité de leurs préoccupations quotidiennes, lourdauds, timides et obtus, combien de Monsieur Jourdain à qui leur fortune monte à la tête et à qui leur désir d'obtenir la considération et les titres obnubile l'esprit et le coeur ! Le peuple fait montre de son naturel bon sens et d'un savoureux franc-parler : Nicole et Martine savent traduire en quelques formules savoureuses hérissées de proverbes les égarements de leurs maîtres. Mais il reste ignorant et brutal, superstitieux à l'occasion, comme Lucas et Sganarelle. III. Il fait penser les philosophes Plus que les érudits, les philosophes trouvent à glaner dans les comédies de Molière. Ils y trouvent la peinture des vices éternels de l'humanité : l'avarice chez Harpagon, qui lésine sur toutes les dépenses, prête à usure, refuse à ceux qui le servent la moindre gratification, et même des affaires de coeur fait des affaires d'intérêt.

« Commenter cette phrase de Jules Lemaître : « J'admire ce surprenant Molière de toute mon âme : tandis qu'il intéresse les érudits, il fait penser les philosophes, et sait, mieux que tout autre, amuser les enfants. » Il est peu d'oeuvres qui soient aussi riches que celle de Molière de complexité et d intérêt.

Car Molière a su « croquer » et peindre avec exactitude la société de son temps ; mais il a su aussi à travers ces apparences, changeantes d'un siècle à l'autre, tracer avec ses vices de toujours et leurs tragiques conséquences le portrait de l'homme éternel.

Enfin, il utilise à cette double peinture toutes les ressources de la verve la plus endiablée et la plus irrésistible.

Bref, comme le disait Jules Lemaître : « Tandis qu'il intéresse les érudits, il fait penser les philosophes et sait mieux que tout autre amuser les enfants.

» I.

Il amuse des enfants C'est par le côté irrésistible de cette verve que Molière séduit dès l'abord et emporte les suffrages de ceux qui vont au théâtre pour se divertir.

Le comique de gestes et le comique de mots réussissent toujours, non seulement auprès de l'enfance, mais encore auprès des hommes qui gardent malgré tout, quels que soient leur âge et leur culture, quelque chose de l'ingénuité et de la spontanéité de l'enfant.

Une tempête de rires soulève l'auditoire quand Sganarelle se fait rosser à grands coups de bâton, quand les maîtres de Monsieur Jourdain se collettent comme des crocheteurs des halles et mettent leurs costumes en lambeaux, quand le même Monsieur Jourdain reçoit la dignité de Mamamouchi au cours d'une mascarade endiablée.

Molière n'hésite même pas, dans L'Étourdi, à faire verser sur la tête d'un de ses personnages un vase malodorant.

Les bégaiements des personnages, leurs bredouillements, leurs fautes de langage, les formules courantes estropiées, la même phrase répétée inlassablement par le même personnage, le calembour usé « Ce Monsieur Loyal porte un air bien déloyal », autant de moyens de susciter un rire facile, mais irrésistible. II.

Il intéresse les érudits Sous l'apparence superficielle de ce rire se cache une forte peinture de la société du xvir3 siècle qui retient l'attention et l'intérêt des érudits.

La noblesse, la bourgeoisie, le peuple tels qu'ils apparaissaient aux environs de 1660 s'y trouvent fixés autant dire pour l'éternité.

La noblesse est en pleine décadence.

De ses hautes qualités d'antan, de son légitime orgueil de jadis, elle a conservé à l'occasion un esprit chevaleresque : ainsi Don Juan ne craint pas de mettre l'épée à la main pour voler au secours d'un inconnu.

Mais le plus souvent, chez des êtres dont la vie se passe sans cesse dans une ambiance de salons et d'intrigue, l'orgueil se limite désormais au besoin de briller par les moyens les plus futiles.

Tel Oronte qui sacrifie à la poésie et dont l'ambition unique consiste à se faire saluer à tout propos comme un grand poète, tel Acaste et Clitandre qui ne veulent que faire admirer leurs rubans et leur costume et les plates méchancetés qu'ils prennent pour des épigrammes.

Tous sont gens de qualité qui savent tout sans avoir rien appris, et leur extrême vanité les amène à ne considérer les autres que comme l'instrument de leur bon plaisir ; ils n'ont pas même conscience de faire souffrir un être humain — Don Juan, par un caprice, brise, comme sans y penser, le coeur d'Elvire — et exploitent sans vergogne la naïveté d'autrui ; voyez Dorante bernant et volant Monsieur Jourdain.

La bourgeoisie commence, elle, à la même époque, à s'affirmer.

Elle commence à prendre dans la société une importance croissante, mais elle s'adapte avec difficulté à cette position nouvelle.

Pour une Henriette qui joint à une culture honnête le sens de la vie et de ses réalités, combien de Chrysale enfoncés dans la banalité de leurs préoccupations quotidiennes, lourdauds, timides et obtus, combien de Monsieur Jourdain à qui leur fortune monte à la tête et à qui leur désir d'obtenir la considération et les titres obnubile l'esprit et le coeur ! Le peuple fait montre de son naturel bon sens et d'un savoureux franc-parler : Nicole et Martine savent traduire en quelques formules savoureuses hérissées de proverbes les égarements de leurs maîtres.

Mais il reste ignorant et brutal, superstitieux à l'occasion, comme Lucas et Sganarelle. III.

Il fait penser les philosophes Plus que les érudits, les philosophes trouvent à glaner dans les comédies de Molière.

Ils y trouvent la peinture des vices éternels de l'humanité : l'avarice chez Harpagon, qui lésine sur toutes les dépenses, prête à usure, refuse à ceux qui le servent la moindre gratification, et même des affaires de coeur fait des affaires d'intérêt.

L'hypocrisie, chez Tartuffe qui gagne la confiance par l'affectation d'une piété intransigeante et cherche à satisfaire la violence de ses passions sous le manteau de l'homme de bien.

La vanité chez Monsieur Jourdain, qui est coquet, avide de relations honorifiques, et pédant à souhait.

La misanthropie enfin chez Alceste, qui se brouille pour des vétilles avec ses meilleurs amis, et qui "dans son souci de ne jamais farder la vérité n'hésite pas à dire aux gens leur fait avec une brutalité inutile et souvent cruelle.

Enfin, comme complément naturel de la peinture de ces vices, les philosophes y trouveront le tableau décevant mais exact de leurs conséquences tragiques : la vanité de Monsieur Jourdain fait le malheur de ses enfants, l'avarice d'Harpagon désunit sa famille, dresse le fils en face du père, et laisse la fille à l'abandon, sans surveillance et sans conseils.

L'hypocrisie de Tartuffe divise en deux clans irréductibles la famille d'Orgon. Ainsi l'oeuvre de Molière se révèle accessible à tous les publics.

Selon la nature de son caractère, ses goûts et sa culture, le spectateur se laissera plus volontiers gagner par la qualité du comique, la vérité ou la profondeur de la peinture.

C'est l'apanage des grandes oeuvres que d'être aussi riches, dans leur complexité, que la vie même.. »

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