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Comment faire une dissertation littéraire ?

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1. L'élaboration de la dissertation La dissertation passe pour difficile parce qu'elle implique chez le candidat un certain nombre de qualités et de connaissances : sûreté du jugement et parfois agilité de l'esprit en présence du sujet, culture, logique, aisance de l'expression. 1. Comprendre le sujet On ne consacrera jamais trop de temps à l'analyse du sujet. Trop souvent les étudiants comprennent mal l'intitulé qui leur est proposé. Comment parvenir au but quand une mauvaise direction a été prise dès le départ? Le stade élémentaire de cette réflexion sur le sujet consiste à comprendre le sens des mots. Exemple : D'après les oeuvres littéraires que vous connaissez, quelles réflexions vous inspire cette formule : Liberté d'esprit, liberté de langage? Si vous ne réfléchissez pas, vous allez vous lancer dans un rappel indigné des luttes du XVIIIe siècle pour la tolérance, la liberté d'expression. Et vous passerez à côté de la question proposée. Si, au contraire, vous analysez cet intitulé, vous vous apercevrez d'abord que liberté de langage désigne la verve, la verdeur d'un homme qui ne s'embarrasse pas de tabous (convenances, mots « nobles », etc.). Vous constaterez alors que vous êtes invité à réfléchir sur le rapport entre l'originalité, la spontanéité de l'esprit et la spontanéité, le non-conformisme des mots, du style. Vous pourrez évoquer MONTAIGNE, DIDEROT, etc. Prenez garde à la portée des termes traditionnellement utilisés dans les intitulés. Certains supposent le jugement proposé parfaitement juste et vous demandent seulement d'expliquer, de commenter, de montrer, d'illustrer une sorte de vérité première de la littérature. En revanche, discuter vous indique que l'affirmation qui vous est soumise est excessive. Mais vous ne rencontrerez que rarement une critique aussi nette; on vous laissera presque toujours libre, grâce à des formules comme : s'il y a lieu, discutez ; quelles réflexions vous inspire... ?; que pensez-vous...? etc. Ces précisions acquises, deux cas peuvent être distingués. Si le sujet est bref (une ou deux lignes), il comporte en général un ou deux mots clés sur lesquels se construira toute votre étude. En inventoriant le contenu de ces mots, vous traitez déjà la question proposée. Consacrez donc du temps à examiner ces termes sous toutes leurs faces. Exemple : le lyrisme de Rousseau. Vous resterez « sec » si vous ne vous attachez pas au mot essentiel : lyrisme. Vous déverserez des connaissances sans rapport avec le sujet, si vous vous précipitez sur ROUSSEAU. Restez donc calme. Vous lisez des oeuvres littéraires depuis des années, vous avez constamment entendu prononcer lyrique, lyrisme, etc. Le moment est venu de réfléchir. Vous ne tarderez pas à découvrir que lyrisme rappelle lyre, que le lyrisme est une sorte de chant : l'homme quitte le langage quotidien, s'anime, le ton s'élève, une ferveur est là... Dans quels cas? Quand l'écrivain traite une question qui lui tient à coeur (chacun a ses thèmes lyriques; pour ROUSSEAU : l'amour, la nature, le grand Être et surtout Jean-Jacques). On pourra s'interroger sur la tonalité du lyrisme de ROUSSEAU (mélancolique? passionné?), sur son intérêt (révélation de l'écrivain, style, poétisation du monde), sur l'absence, chez Jean-Jacques, de thèmes lyriques à peu près universels (la mort, l'amitié...). On voit, dès lors, combien il sera aisé d'élaborer un développement. Seconde possibilité : le sujet est long. Vous croyez être moins démuni. Mais attention aux contresens et aux omissions. Soulignez les termes qui peu à peu vous apparaissent comme les plus importants. Exemple : Le philosophe consume sa vie à observer les hommes, et il use ses esprits à en démêler les vices et le ridicule; s'il donne quelque tour à ses pensées, c'est moins par une vanité d'auteur que pour mettre une vérité qu'il a trouvée dans tout le jour [la lumière] nécessaire pour faire l'impression qui doit servir à son dessein... Il demande des hommes un plus grand et un plus rare succès que les louanges, et même que les récompenses, qui est de les rendre meilleurs. (LA BRUYÈRE, Des ouvrages de l'esprit.) Illustrez cette pensée à l'aide des philosophes du XVIIIe siècle et commentez-la. Demeure-t-elle juste aujourd'hui? Le texte de LA BRUYÈRE peut être réduit à deux affirmations : I. Le rôle du philosophe (observer les hommes, démêler les vices et le ridicule... rendre meilleurs); II. L'importance du tour. Cette remarque, jetée brièvement, mérite un point entier de développement. Qui la négligerait passerait sous silence le tiers du sujet. On voit donc combien le texte, qui insiste si longuement sur le rôle du philosophe, peut tromper le lecteur superficiel. Ce quelque tour comprend la perfection du style, le recours à l'ironie... et nous oriente vers la littérature engagée de VOLTAIRE; III. La suite de l'intitulé invite à rédiger un troisième point, qui soulignera combien notre conception du « philosophe » est devenue différente. Tout sujet long peut être réduit à deux ou trois questions ou titres brefs, dont on vérifiera qu'ils ne laissent rien échapper de la substance du passage. 2. Le stade de l'accumulation Une fois le sujet bien compris, notez vos réflexions, faites appel à vos souvenirs. Toute remarque qui est en rapport avec la question doit être aussitôt couchée sur le papier, en style télégraphique. L'esprit humain ne fonctionne pas comme une machine : il a sa spontanéité, ses gambades, ses associations inattendues, ses éclairs. C'est tout cela qu'il faut soigneusement conserver : comme rien n'est plus fugitif que certaines intuitions, notez tout. Allez à la ligne pour chaque remarque, utilisez une grande feuille, de façon à dominer d'un seul regard l'ensemble de vos richesses au moment où, avec cette matière première, il faudra bâtir un ensemble harmonieux. 3. Illustration Si MONTAIGNE ou PASCAL vous touchent, c'est qu'ils se méfient des affirmations abstraites. Soyez, vous aussi, concrets. N'affirmez rien sans donner des exemples, qui, dans une dissertation littéraire, sont aussi des preuves. Ne vous extasiez pas sur la musicalité baudelairienne sans citer quelques beaux vers. Multipliez les allusions précises. L'illustration se proposera d'elle-même, si vous êtes quelque peu cultivé : certains exemples vous apparaîtront à mesure que vous accumulerez vos premières remarques. Mais d'autres accourront peut-être sous votre plume au moment où vous organiserez votre étude, ou au stade de la rédaction. 4. Le plan La confection du plan constitue l'étape ultime de l'élaboration. Un bon plan obéit à deux impératifs : a) Regroupement. — b) Progression.

a) Regroupement, parce qu'il s'agit de découvrir les deux ou trois perspectives qui vous permettent de mettre fin au désordre dans lequel se trouvent encore vos remarques. Souvent, l'une de vos réflexions se révélera capable d'englober plusieurs points de détail. Dans d'autres cas, trois ou quatre remarques vous sembleront présenter un mystérieux trait commun : approfondissez cette impression et vous avez de grandes chances de découvrir la substance même d'un point de développement. Comme ce problème de regroupement se pose de la même façon pour le commentaire composé, reportez-vous aux textes commentés plus loin (LA BRUYÈRE, STENDHAL, etc.); demandez-vous comment vous auriez, vous, organisé les notes accumulées dans la préparation; puis comparez votre plan à celui qui est proposé (et qui n'est pas nécessairement le meilleur). Cette pratique vous apportera beaucoup plus que bien des conseils. b) Progression : votre lecteur doit avoir l'impression d'avancer. Vous devez respecter la règle de l'intérêt croissant. Les points de votre développement doivent se succéder selon un certain ordre : vous irez du banal à la nouveauté ou de l'extérieur à l'intime, etc. Si l'on vous demande de mettre en lumière l'originalité de ROUSSEAU par rapport à ses contemporains, vous pouvez proposer : I. Les idées (l'homme et la société); II. Le style (fluidité et musique, ampleur et rythme); III. L'homme (goût de la nature, de la solitude, effusion lyrique). N'est-il pas clair, en effet, qu'on atteint chez ROUSSEAU des zones beaucoup plus profondes quand on passe d'un système assez naïf (L'homme naît bon...) au frémissement si particulier du style et surtout à l'intériorité de la rêverie existentielle, qui a exercé une telle influence sur la poésie des deux siècles suivants? Si l'on vous propose le vieux sujet qui se ramène à évoquer le portrait de l'auteur des Essais, comment ne pas adopter la progression si évidente : I. Portrait physique; II. Portrait moral; III. La « sagesse » de MONTAIGNE. Ne multiplions pas les exemples. Ici aussi les candidats ne pourront mieux faire que d'examiner et, éventuellement, de discuter la progression ménagée dans les différentes études (dissertations ou commentaires) qui suivent. Assez souvent, il sera bon de mettre en lumière le type de progression qu'on a retenu. Les transitions, dont nous reparlerons plus loin, constituent généralement une occasion privilégiée pour cette mise en relief. La loi de progression ne joue pas seulement d'un point à un autre. Elle s'impose aussi à l'intérieur d'un même point. Ici encore, l'étudiant scrutera et, au besoin, contestera le bien-fondé de l'enchaînement des paragraphes dans les études qui lui sont proposées. Au stade de l'élaboration, nous suggérons l'emploi des chiffres romains (I, II, ...) pour désigner les deux ou trois grands points du développement et celui des chiffres arabes (1, 2, ...) pour les principaux aspects de chaque point. 5. Les grands types de plans On ne saurait trop insister sur la variété des plans. A chacun de découvrir les perspectives que les sujets ou les textes lui suggèrent! Il semble, cependant, que la plupart des plans constituent des variantes de trois grandes familles. a) Le plan dialectique. C'est le trop fameux trio : thèse-antithèse-synthèse. Pour la plupart des sujets, il est inutilisable. Comment trouver le pour et le contre à propos d'une simple question : Qu'est-ce que l'humanisme dans les «Essais»? ou d'un jugement dont la justesse est évidente : Commentez cette indication de M. THIERRY MAULNIER : « Andromaque» marque le grand tournant de notre littérature où l'amour devient la principale source du pathétique humain. Quand il est possible, ce type de plan demande un extraordinaire talent. Il faut d'abord présenter la thèse et l'antithèse avec un tel doigté que la contradiction absolue soit évitée et qu'une synthèse reste possible. Mais surtout la synthèse demande de telles qualités (intelligence supérieure, culture) qu'il est vain de la croire possible de la part d'un tout jeune homme, sauf exception. Qu'on réfléchisse sur la dissertation développée plus loin à propos de Proust! L'homme qui réussira la synthèse ne sera ni un élève ni simplement un professeur, mais un essayiste de grand talent. Alors que faire? L'étudiant se contentera presque toujours de plans de type dialectique. Après une thèse (I) et une antithèse (II), il suggérera dans la conclusion la synthèse qu'il entrevoit. Quel plus bel « élargissement » d'une conclusion que cette invitation à l'essai ? b) Le plan explicatif. Ce plan s'impose quand il s'agit de commenter une citation longue (voir plus haut). C'est le plus facile. Exemple : Commenter cette opinion de BERSOT : S'il fallait sacrifier quelque chose de Voltaire, je donnerais les tragédies et les comédies pour garder les petits vers; s'il fallait encore sacrifier quelque chose, je donnerais plutôt les histoires, toutes charmantes soient-elles, que les romans; si on ne me permettait de garder qu'un seul ouvrage, je me ferais beaucoup prier, mais enfin il y a une chose que je ne me déciderais jamais à livrer, c'est sa correspondance. Le plan suivant permettra d'épuiser dans le commentaire les suggestions de BERSOT : I. Le poète; II. Le prosateur; III. L'épistolier. Dans les études qui suivent, voyez celle qui concerne MALRAUX.

c) Le plan descriptif. Il correspond, en général, à un intitulé court et exige beaucoup d'agilité d'esprit. Les différentes richesses d'un mot, d'un problème ou d'une oeuvre constituent la substance même de la dissertation. Exemple a : Pensez-vous qu'on puisse dire avec La Fontaine que l'imitation n'est pas un esclavage? Il conviendra ici de réfléchir sur les différents aspects de l'imitation et de les analyser en allant des formes les plus serviles aux moins serviles. I. L'imitation servile : 1. La traduction; 2. Le plagiat et la compilation; 3. L'exercice d'imitation. II. L'art de l'emprunt : 1. Emprunt de la forme; mais le fond est original; 2. Emprunt du fond; mais la forme est originale; 3. Les emprunts « mixtes ». III. L'imitation-inspiration : 1. Les parodies; 2. L'emprunt des thèmes; 3. L'emprunt du « souffle initial ». Exemple b : MOLIÈRE a-t-il suivi le principe de BOILEAU : Que la nature donc soit votre étude unique? On examinera trois formes principales de la nature chez les classiques : I. Dans la peinture de l'homme; II. Dans la définition d'une morale du bon sens; III. Dans la conception idéale du style : le naturel. On pourra réfléchir sur les plans descriptifs proposés plus loin à propos de PASCAL et de RACINE.

« 1.

L'élaboration de la dissertation La dissertation passe pour difficile parce qu'elle implique chez le candidat un certain nombre de qualités et de connaissances : sûreté du jugement et parfois agilité de l'esprit en présence du sujet, culture, logique, aisance de l'expression. 1.

Comprendre le sujet On ne consacrera jamais trop de temps à l'analyse du sujet.

Trop souvent les étudiants comprennent mal l'intitulé qui leur est proposé.

Comment parvenir au but quand une mauvaise direction a été prise dès le départ? Le stade élémentaire de cette réflexion sur le sujet consiste à comprendre le sens des mots.

Exemple : D'après les oeuvres littéraires que vous connaissez, quelles réflexions vous inspire cette formule : Liberté d'esprit, liberté de langage? Si vous ne réfléchissez pas, vous allez vous lancer dans un rappel indigné des luttes du XVIIIe siècle pour la tolérance, la liberté d'expression.

Et vous passerez à côté de la question proposée.

Si, au contraire, vous analysez cet intitulé, vous vous apercevrez d'abord que liberté de langage désigne la verve, la verdeur d'un homme qui ne s'embarrasse pas de tabous (convenances, mots « nobles », etc.).

Vous constaterez alors que vous êtes invité à réfléchir sur le rapport entre l'originalité, la spontanéité de l'esprit et la spontanéité, le non-conformisme des mots, du style.

Vous pourrez évoquer MONTAIGNE, DIDEROT, etc. Prenez garde à la portée des termes traditionnellement utilisés dans les intitulés.

Certains supposent le jugement proposé parfaitement juste et vous demandent seulement d'expliquer, de commenter, de montrer, d'illustrer une sorte de vérité première de la littérature.

En revanche, discuter vous indique que l'affirmation qui vous est soumise est excessive.

Mais vous ne rencontrerez que rarement une critique aussi nette; on vous laissera presque toujours libre, grâce à des formules comme : s'il y a lieu, discutez ; quelles réflexions vous inspire...

?; que pensez-vous...? etc. Ces précisions acquises, deux cas peuvent être distingués.

Si le sujet est bref (une ou deux lignes), il comporte en général un ou deux mots clés sur lesquels se construira toute votre étude.

En inventoriant le contenu de ces mots, vous traitez déjà la question proposée.

Consacrez donc du temps à examiner ces termes sous toutes leurs faces. Exemple : le lyrisme de Rousseau. Vous resterez « sec » si vous ne vous attachez pas au mot essentiel : lyrisme.

Vous déverserez des connaissances sans rapport avec le sujet, si vous vous précipitez sur ROUSSEAU.

Restez donc calme.

Vous lisez des oeuvres littéraires depuis des années, vous avez constamment entendu prononcer lyrique, lyrisme, etc.

Le moment est venu de réfléchir.

Vous ne tarderez pas à découvrir que lyrisme rappelle lyre, que le lyrisme est une sorte de chant : l'homme quitte le langage quotidien, s'anime, le ton s'élève, une ferveur est là...

Dans quels cas? Quand l'écrivain traite une question qui lui tient à coeur (chacun a ses thèmes lyriques; pour ROUSSEAU : l'amour, la nature, le grand Être et surtout Jean-Jacques).

On pourra s'interroger sur la tonalité du lyrisme de ROUSSEAU (mélancolique? passionné?), sur son intérêt (révélation de l'écrivain, style, poétisation du monde), sur l'absence, chez JeanJacques, de thèmes lyriques à peu près universels (la mort, l'amitié...).

On voit, dès lors, combien il sera aisé d'élaborer un développement. Seconde possibilité : le sujet est long.

Vous croyez être moins démuni.

Mais attention aux contresens et aux omissions.

Soulignez les termes qui peu à peu vous apparaissent comme les plus importants. Exemple : Le philosophe consume sa vie à observer les hommes, et il use ses esprits à en démêler les vices et le ridicule; s'il donne quelque tour à ses pensées, c'est moins par une vanité d'auteur que pour mettre une vérité qu'il a trouvée dans tout le jour [la lumière] nécessaire pour faire l'impression qui doit servir à son dessein...

Il demande des hommes un plus grand et un plus rare succès que les louanges, et même que les récompenses, qui est de les rendre meilleurs.

(LA BRUYÈRE, Des ouvrages de l'esprit.) Illustrez cette pensée à l'aide des philosophes du XVIIIe siècle et commentez-la.

Demeure-t-elle juste aujourd'hui? Le texte de LA BRUYÈRE peut être réduit à deux affirmations : I.

Le rôle du philosophe (observer les hommes, démêler les vices et le ridicule...

rendre meilleurs); II.

L'importance du tour.

Cette remarque, jetée brièvement, mérite un point entier de développement.

Qui la négligerait passerait sous silence le tiers du sujet.

On voit donc combien le texte, qui insiste si longuement sur le rôle du philosophe, peut tromper le lecteur superficiel.

Ce quelque tour comprend la perfection du style, le recours à l'ironie...

et nous oriente vers la littérature engagée de VOLTAIRE; III.

La suite de l'intitulé invite à rédiger un troisième point, qui soulignera combien notre conception du « philosophe » est devenue différente. Tout sujet long peut être réduit à deux ou trois questions ou titres brefs, dont on vérifiera qu'ils ne laissent rien échapper de la substance du passage. 2.

Le stade de l'accumulation Une fois le sujet bien compris, notez vos réflexions, faites appel à vos souvenirs.

Toute remarque qui est en rapport avec la question doit être aussitôt couchée sur le papier, en style télégraphique.

L'esprit humain ne fonctionne pas. »

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