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Charles-Marie LECONTE DE LISLE (1818-1894) (Recueil : Poèmes antiques) - Prière védique pour les morts

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Charles-Marie LECONTE DE LISLE (1818-1894) (Recueil : Poèmes antiques) - Prière védique pour les morts Berger du monde, clos les paupières funèbres Des deux chiens d'Yama qui hantent les ténèbres. Va, pars ! Suis le chemin antique des aïeux. Ouvre sa tombe heureuse et qu'il s'endorme en elle, O Terre du repos, douce aux hommes pieux ! Revêts-le de silence, ô Terre maternelle, Et mets le long baiser de l'ombre sur ses yeux. Que le Berger divin chasse les chiens robustes Qui rôdent en hurlant sur la piste des justes ! Ne brûle point celui qui vécut sans remords. Comme font l'oiseau noir, la fourmi, le reptile, Ne le déchire point, ô Roi, ni ne le mords ! Mais plutôt, de ta gloire éclatante et subtile Pénètre-le, Dieu clair, libérateur des Morts ! Berger du monde, apaise autour de lui les râles Que poussent les gardiens du seuil, les deux chiens pâles. Voici l'heure. Ton souffle au vent, ton oeil au feu ! O Libation sainte, arrose sa poussière. Qu'elle s'unisse à tout dans le temps et le lieu ! Toi, Portion vivante, en un corps de lumière, Remonte et prends la forme immortelle d'un Dieu ! Que le Berger divin comprime les mâchoires Et détourne le flair des chiens expiatoires ! Le beurre frais, le pur Sôma, l'excellent miel, Coulent pour les héros, les poètes, les sages. Ils sont assis, parfaits, en un rêve éternel. Va, pars ! Allume enfin ta face à leurs visages, Et siège comme eux tous dans la splendeur du ciel ! Berger du monde, aveugle avec tes mains brûlantes Des deux chiens d'Yama les prunelles sanglantes. Tes deux chiens qui jamais n'ont connu le sommeil, Dont les larges naseaux suivent le pied des races, Puissent-ils, Yama ! jusqu'au dernier réveil, Dans la vallée et sur les monts perdant nos traces, Nous laisser voir longtemps la beauté du Soleil ! Que le Berger divin écarte de leurs proies Les chiens blêmes errant à l'angle des deux voies ! O toi, qui des hauteurs roules dans les vallons, Qui fécondes la Mer dorée où tu pénètres, Qui sais les deux Chemins mystérieux et longs, Je te salue, Agni, Savitri ! Roi des êtres ! Cavalier flamboyant sur les sept Etalons ! Berger du monde, accours ! Eblouis de tes flammes Les deux chiens d'Yama, dévorateurs des âmes.

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