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Béroalde de VERVILLE (1556-1626) - Je veux seul, écarté, ores dans un bocage

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Béroalde de VERVILLE (1556-1626) - Je veux seul, écarté, ores dans un bocage Je veux seul, écarté, ores dans un bocage, Ores par les rochers, soupirer mon dommage, Et plaindre sous l'horreur du destin irrité, Je veux auprès des eaux tristement murmurantes, Et près l'obscurité des grottes effrayantes, Soulager mon esprit de soucis tourmenté. Vous, bois qui entendez le réson de ma plainte, Vous, rochers qui m'oyez quand mon âme contrainte Sous trop de cruauté se plaint de son malheur, Et vous eaux qui traînez en vos fuites tardives Les regrets que j'épands dessus vos molles rives, Soyez justes témoins de ma triste langueur ! Vous, antres reculés où les ombres dernières De ceux à qui la mort a fermé les paupières Errent tant que leurs corps soient mis dans le tombeau, Recevez mes soupirs, et d'une longue haleine Redoublez plusieurs fois la voix dont en ma peine Je demande en vos creux un remède nouveau. Car un injuste sort, me privant de ma vie, M'absente des beaux yeux dont mon âme ravie Adorant les rayons fait vivoter mon coeur, Et veut que sans espoir de revoir ma maîtresse, J'oublie de ce trait qui tant heureux me blesse, Pour mourir en l'aimant, l'agréable douceur... Adieu tout mon bonheur, adieu tout ce que j'aime, Adieu mon sang, mon coeur, adieu mon âme même, Je vais pleurer tout seul sous mon astre malin. Mais pour mieux soupirer, je veux en votre absence Prier les Déités que changeant mon essence Je plaigne à mon plaisir mon contraire destin. Vous donc dieux d'ici-bas, vous saintetés féées, Qui des amants avez les essences changées, Si vous errez encor aux déserts ou aux bois Muez-moi, je vous prie, en un soupir si tendre Que le coeur des passants mon accent fasse fendre, Me faisant pour me plaindre une éternelle voix.

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