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Bernanos, Les Grands Cimetières sous la Lune

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Bernanos, Les Grands Cimetières sous la Lune Sans doute, il est possible que la guerre ait jadis formé des gladiateurs, des belluaires.Du moins chez les peuples à sang de bouc. Mais lorsqu'un homme a une fois fait face au mur orange et noir du tir de barrage, dans le barrissement des mille sirènes d'acier, puis ménageant son souffle, ses gros souliers collant à la glaise, s'est aligné de son mieux sur ce qu'il reste de la section, il n'a plus le temps de songer à la bagatelle-je veux dire à la hane de l'ennemi...Mais non, Excellences, vous vous trompez encore, il n'a pas bu. Il ne saoulera qu'après. Il est aux portes de la mort, ou sans doute un peu au-delà, mais il ne sait pas, il ne sait rien de ce détachement essentiel, fondamental, qui n'a plus les couleurs de la vie, atteint à une espèce de transparence surhumaine. Les forces hurlantes qu'il affronte sont absolument sans proportion avec la révolte ou la colère d'un pauvre diable tel que lui; et bien qu'il se croie souvent très occupé à ne pas laisser sa culotte dans les barbelés, j'affirme à vos Seigneuries qu'il marche alors nu sous le regard de Dieu. Ce sont là des confidences que vous recevrez rarement, pour cette raison que les portes de la mort ne se trouvent sur aucun indicateur de chemir de fer. Ceux quin dans leur naiveté, ont choisi eux-mêms le nom cocasse d'Anciens Combattants auront beau retourner en famille à la place où il subirent l'épreuve du feu, ils ne se souviennent de rien du tout et, faute de mieux, ils racontent des histoires. Car les souvenirs de guerre ressemblent aux souvenirs de l'enfance.

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