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Béatrice

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Béatrice vers 1265-vers 1290 L’histoire est trop connue pour être vraie. Un petit garçon de neuf ans rencontre à Florence une fillette de son âge. Jeune homme, il la croise de nouveau, dans la rue ; elle sourit. C'est tout. Elle en a épousé un autre ; bientôt, elle sera morte. Lui l'aime depuis l'enfance, l'aimera toujours. Comme il est poète, très grand poète, le plus grand, le seul grand poète selon ses dévots qui l'appellent l'Altissime, il fera de l'Aimée le centre, le soleil de son oeuvre, la reine du Paradis où un jour, à force de mérites, il la retrouvera et où il la retrouve déjà dans sa prodigieuse Comédie que sa gloire fit Divine. Et d'abord, les réalistes chicanent sur ces amours enfantines. Justement : le chiffre 9 n'est pas sûr du tout : il date trop de ces faits contés par Dante dans cette Vita Nova, où il sait être l'homme qui vécut un amour malheureux, le poète qui transfigure ses souvenirs et le professeur de rhétorique expliquant les intentions et même le plan de chaque poème. Tout se passe à l'âge de neuf ans, ou neuf ans après, ou le neuvième jour, ou à la neuvième heure du jour : ce 9 perpétuel est symbolique, dans le plan de la Trinité.

« Béatrice vers 1265-vers 1290 L'histoire est trop connue pour être vraie.

Un petit garçon de neuf ans rencontre à Florence une fillette de son âge. Jeune homme, il la croise de nouveau, dans la rue ; elle sourit.

C'est tout.

Elle en a épousé un autre ; bientôt, elle sera morte.

Lui l'aime depuis l'enfance, l'aimera toujours.

Comme il est poète, très grand poète, le plus grand, le seul grand poète selon ses dévots qui l'appellent l'Altissime, il fera de l'Aimée le centre, le soleil de son oeuvre, la reine du Paradis où un jour, à force de mérites, il la retrouvera et où il la retrouve déjà dans sa prodigieuse Comédie que sa gloire fit Divine. Et d'abord, les réalistes chicanent sur ces amours enfantines.

Justement : le chiffre 9 n'est pas sûr du tout : il date trop de ces faits contés par Dante dans cette Vita Nova, où il sait être l'homme qui vécut un amour malheureux, le poète qui transfigure ses souvenirs et le professeur de rhétorique expliquant les intentions et même le plan de chaque poème.

Tout se passe à l'âge de neuf ans, ou neuf ans après, ou le neuvième jour, ou à la neuvième heure du jour : ce 9 perpétuel est symbolique, dans le plan de la Trinité. Béatrice, s'appela-t-elle même Béatrice ? Et fut-elle la fille, morte en 1290, de cet ami du père de Dante, le riche Folco Portinari ? On le croit depuis que Boccace l'a dit.

D'ingénieux critiques ont proposé d'autres jeunes Florentines, car il y en eut d'autres autour du jeune poète, comme il y eut bien d'autres femmes que la sienne dans la vie ardente du grand proscrit, qualifié — par Boccace encore, qui s'y connaissait — de "luxurieux".

Que nous importe l'identité, la réalité charnelle de cette "…Glorieuse Dame de ma pensée, à laquelle beaucoup de personnes, ne sachant comment la désigner, ont donné le nom de Béatrice…" ? Elle l'est si peu, charnelle, dans ces oeuvres du poète où ne sont passés, de la femme qu'elle fut, que son regard et son sourire ! Nous pouvons, sans regret, ignorer le nom et l'apparence de celle que, vivante, Dante plaçait audessus des simples mortels, cette petite bourgeoise mariée, riche et moqueuse, que l'adolescent pauvre, nourri de romans courtois, révère, comme un pur chevalier sa Dame ; cette jeune morte qu'il élève, par le pouvoir de son génie, bien au-dessus des Élus, bien au-dessus des Saints, au-dessus des Anges, tout auprès de Dieu, médiatrice, à l'égal de la Vierge, pure comme elle, aussi puissante qu'elle, son hypostase enfin. Devant elle, Dante n'est plus le soupirant pâli des premiers poèmes, mais, pèlerin de l'Enfer, du Purgatoire et du Paradis, le voici tremblant et faible ; petit, comme un enfant devant sa mère (n'oublions pas qu'il avait perdu la sienne à cinq ans).

Et Béatrice le rassure, ou le morigène durement ; surtout, elle l'instruit : elle n'est plus une femme : elle est la Théologie.

Si Dante parle encore de son ineffable sourire, de ses yeux dont il ne peut supporter l'éclat, c'est qu'elle est aussi la Beauté, la Beauté idéale de Platon, la Divine Beauté. Inspiratrice, celle que Dante nomme Béatrice, nostra beatitudo ? À peine, et infiniment plus en même temps.

Ce qu'elle ne fut pas : le grand amour, même platonique, de sa vie.

Béatrice, par elle-même, n'existe pas ; sans être pour autant une créature du poète.

Mais sans lui, nous ignorerions Béatrice, et sans elle, Dante n'aurait peut-être écrit que son traité De la Monarchie et sa traduction du Roman de la Rose.

Sa rencontre avec Béatrice fut son second baptême : celui de la Poésie, cette grâce de Dieu ; la poésie qui est mystère de l'infini et plénitude de lumière, et qui, pour conquérir l'Alighieri, se fit sourire et regard d'une femme.. »

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