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Bal chez madame de Bauséant - Honoré de BALZAC - Le Père Goriot.

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Bal chez madame de Bauséant - Honoré de BALZAC - Le Père Goriot. Les lanternes de cinq cents voitures éclairaient les abords de l'hôtel de Beauséant. De chaque côté de la porte illuminée piaffait un gendarme. Le grand monde affluait si abondamment, et chacun mettait tant d'empressement à voir cette grande femme au moment de sa chute, que les appartements, situés au rez-de-chaussée de l'hôtel étaient déjà pleins quand madame de Nucingen et Rastignac s'y présentèrent. Depuis le moment où toute la cour se rua chez la grande Mademoiselle à qui Louis XIV arrachait son amant, nul désastre de coeur ne fut plus éclatant que ne l'était celui de madame de Beauséant. En cette circonstance, la dernière fille de la quasi royale maison de Bourgogne se montra supérieure à son mal, et domina jusqu'à son dernier moment le monde dont elle n'avair accepté les vanités que pour les faire servir au triomphe de sa passion. Les plus belles femmes de Paris animaient les salons de leurs toilettes et de leurs sourires. Les hommes les plus distingués de la cour, les ambassadeurs, les ministres, les gens illustrés en tout genre, chamarrés de croix, de plaques, de cordons multicolores, se pressaient autour de la vicomtesse. L'orchestre faisait résonner les motifs de sa musique sous les lambris dorés de ce palais, désert pour sa reine. Madame de Beauséant se tenait debout devant son premier salon pour recevoir ses prétendus amis. Vêtue de blanc, sans aucun ornement dans ses cheveux simplement nattés, elle semblait calme, et n'affichait ni douleur, ni fierté, ni fausse joie. Personne ne pouvait lire dans son âme. Vous eussiez dit d'une Niobé de marbre. Son sourire à ses intimes amis fut parfois railleur ; mais elle parut à tous semblable à elle-même, et se montra si bien ce qu'elle était quand le bonheur la parait de ses rayons, que les plus insensibles l'admirèrent, comme les jeunes Romaines applaudissaient le gladiateur qui savait sourire en expirant. Le monde semblait s'être paré pour faire ses adieux à l'une de ses souveraines.

« Balzac eut conjointement l'idée du roman intitulé Le Père Goriot et du retour des personnages qui devait assurer la cohérence de l'ensemble de l'œuvre La Comédie humaine. Plus que la triste destinée du « Christ de la Paternité », le roman évoque l'initiation du jeune Rastignac. La pension Vauquer, dans laquelle il loge, recèle différents types d'individus dont Vautrin. L'arrestation de ce dernier constitue un épisode clé dans l'apprentissage de Rastignac, comme l'épisode présenté ici. Madame de Beauséant qui règne sur le faubourg Saint-Germain, autre lieu mythique du Paris balzacien, donne un dernier bal avant de se retirer du monde car elle a été abandonnée par l'homme qu'elle aime. Balzac, dans ce passage, célèbre une héroïne de la passion amoureuse qu'il grandit jusqu'à l'héroïsme, évoque le spectacle fastueux d'un bal, prétexte à une symbolisation pessimiste, celle de « la comédie humaine ». Madame de Beauséant domine ce passage pour différentes raisons. Abandonnée par l'homme qu'elle aime, elle demeure d'autant plus une héroïne dans cette ultime parade mondaine. Elle organise un dernier bal, dernier miroir de sa splendeur et adieu au monde qu'elle quitte. Elle se détache de la foule par sa beauté, la majesté de sa contenance, son désespoir masqué. Différents procédés stylistiques contribuent d'ailleurs à faire d'elle une figure héroïque. La beauté de Madame de Beauséant est rapidement évoquée : « Vêtue de blanc, sans aucun ornement dans ses cheveux simplement nattés », mais elle contraste avec la coquetterie chatoyante des invités. Balzac évoque par exemple « les gens illustres en tout genre, chamarrés de croix, de plaques, de cordons multicolores ». Les pages précédentes ont montré les préparatifs de toilette des deux filles du père Goriot, présentes au bal. En renonçant à la parure, Madame de Beauséant signe ses adieux au monde, au siècle. L'apparence physique est moins importante que l'attitude morale. Celle-ci est faite de contenance et de majesté. Différents termes appartenant au même champ sémantique témoignent de sa superbe : Balzac emploie successivement les périphrases « cette grande dame », et « la dernière fille de la quasi royale maison de Bourgogne », la métaphore de « la reine » (« les lambris dorés de ce palais, désert pour sa reine »), relayée par le terme de « souveraine » (« le monde semblait s'être paré pour faire ses adieux à l'une de ses souveraines »). Sa noblesse (« la vicomtesse ») est amplifiée par la force morale dont elle fait preuve. Romancier omniscient, Balzac dresse un double portrait moral de Madame de Beauséant : apparence de calme pour ceux qui l'observent de l'extérieur, c'est-à-dire la foule des invités, amis et spectateurs ; désespoir pour le romancier qui sonde les cœurs. Madame de Beauséant affecte le calme : elle se montre « supérieure à son mal », elle « domina jusqu'à son dernier moment le monde ». Elle est impénétrable : « elle semblait calme et n'affichait ni douleur, ni fierté, ni fausse joie. Personne ne pouvait lire dans son âme ». La comparaison avec la statuaire mythologique prend toute sa valeur : « Vous eussiez dit d'une Niobé de marbre ». Son art de la dissimulation est parfait, sans excès (« ni fierté, ni fausse joie ») et permet de tromper parfaitement ceux qui l'observent « elle parut à tous semblable à elle-même et se montra si bien ce qu'elle était quand le bonheur la parait de ses rayons... ». Seuls le romancier et le lecteur perçoivent l'ampleur de la tragédie à travers quelques termes contrastant avec cette ambiance de fête. Des termes comme « au moment de sa chute », « son mal », « désert pour sa reine », « douleur » témoignent du décalage entre l'attitude apparente et la réalité du cœur. Balzac, grâce à ce contraste, fait de Madame de Beauséant une héroïne, capable de porter le masque de la mondanité lors d'une tragédie personnelle. Différents procédés stylistiques assurent « l'héroïcisation » de Madame de Beauséant. Balzac utilise des périphrases ennoblissantes soit morales « cette grande femme », soit aristocratiques « la deuxième fille de la quasi royale maison de Bourgogne ». Il recourt à des comparaisons historiques avec la Grande Mademoiselle, maîtresse du duc de Lauzun, avec les gladiateurs romains (on notera que par l'image, Madame de Beauséant témoigne d'une force morale « virile ») ou mythologiques quand il évoque Niobé. Par sa beauté, son impassibilité, Madame de Beauséant est une héroïne digne des mythes balzaciens. A travers son héroïsme, Balzac symbolise la passion amoureuse vécue par une aristocrate du faubourg Saint-Germain. La figure héroïque de Madame de Beauséant est rehaussée par le cadre du bal, décrit de manière réaliste et symbolique. Balzac, comme de nombreux romanciers du xixe siècle, se plaît à évoquer un bal, grande fête aristocrate, scène de genre du roman contemporain. Le bal est symbole de luxe et de concours d'invités prestigieux. Le texte est aussi sous le signe de la lumière : « les lanternes de cinq cents voitures éclairaient les abords de l'hôtel de Beauséant,... la porte illuminée,... les lambris dorés. » La musique concourt à l'impression de fête : « l'orchestre faisait résonner les motifs de sa musique ». La foule des invités (« cinq cents voitures ») et la qualité des hôtes ajoutent au faste de la réception. Tout Paris est là : « le grand monde... les plus belles femmes de Paris... les hommes les plus distingués de la cour..., les gens illustres en tout genre ». Balzac recourt à différents moyens stylistiques pour évoquer les invités : des termes génériques (« les ambassadeurs, les ministres ») ; des comparatifs de supériorité (« les plus belles femmes... les hommes les plus distingués ») ; des superlatifs (« les gens illustres en tout genre ») ; des énumérations qui insistent plus sur le nombre que sur la caractérisation précise des éléments (« chamarrés de croix, de plaques, de cordons multicolores »). Cette évocation du bal, motif romanesque assez courant dans la littérature du xixe siècle puise son originalité dans des effets de contraste savamment ménagés par Balzac. Opposition entre la foule numériquement présente et la solitude morale de Madame de Beauséant comme le souligne la phrase : « l'orchestre faisait résonner les motifs de sa musique sous les lambris dorés de ce palais, désert pour sa reine ». Opposition également entre le chatoiement des robes des femmes, les décorations des hommes et la stricte tenue de l'hôtesse : « vêtue de blanc, sans aucun ornement dans ses cheveux simplement nattés » qui s'oppose à « les plus belles femmes de Paris animaient les salons de leurs toilettes ». Opposition enfin entre l'état d'esprit des invités conviés à un bal et l'adieu >au monde de Madame de »

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