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Auguste BRIZEUX (1803-1858) (Recueil : Les Ternaires) - Le lézard

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Auguste BRIZEUX (1803-1858) (Recueil : Les Ternaires) - Le lézard À Berthel. Avec une jeune veuve, Tendre encor, j'en ai la preuve, Parlant breton et français En causant de mille choses, Par la bruyère aux fleurs roses, Tout en causant je passais. C'était en juin, la chaleur était grande Sur le sentier qui partage la lande, Au beau soleil se chauffait un lézard ; Et dans ses tours, ses détours, le folâtre Faisait briller son dos lisse et verdâtre Et secouait la fourche de son dard. Mais hélas ! à notre approche, Le petit fou vers sa roche Fuit, et pour le rappeler, Pour rappeler ce farouche, Sur un air des bois ma bouche Longtemps s'épuise à siffler. Ô mes amis, ne plaignez pas ma peine ! Car sur mon bras cette amoureuse Hélène Tenait posé son bras flexible et rond ; Et par instants une mèche égarée, De ses cheveux une mèche cendrée Avec douceur venait toucher mon front. Certe, à lézard et vipère Tout siffleur vendrait, j'espère, À ce prix-là ses chansons, Sans trouver l'heure trop lente, Ni la chaleur trop brûlante, Ni trop maigres les buissons. Donc croyez-moi, dans cette heureuse pose, Sous le soleil et jusqu'à la nuit close J'aurais sifflé fort gaiement ; mais voilà, Mes bons amis, voilà que le vicaire, Vêtu de noir et disant son rosaire, Pour mon malheur vient à passer par là : " Coeurs damnés ! musique infâme ! " Holà ! holà ! jeune femme, " Si vous craignez par hasard " Le purgatoire où l'on grille, " Quittez ce siffleur de fille, " Ce beau siffleur de lézard ! "

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