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Aloysius Bertrand « Ondine »in Gaspard de la nuit

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Aloysius Bertrand « Ondine »in Gaspard de la nuit Ondine- " Ecoute ! - Ecoute ! - C'est moi, c'est Ondine qui frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ; et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi. " Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l'air. " Ecoute ! - Ecoute ! - Mon père bat l'eau coassante d'une branche d'aulne verte, et mes soeurs caressent de leurs bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénu- phars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne ! " Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à mon doigt pour être l'époux d'une Ondine, et de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs. Et comme je lui répondais que j'aimais une mortelle, boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire, et s'évanouit en giboulées qui ruisse- lèrent blanches le long de mes vitraux bleus.

« Introduction - Dans Gaspard de la nuit, A. Bertrand explore, à travers de courts poèmes en prose, le royaume du rêve, des hallucinations nocturnes, du fantastique. - Dans l'un de ces textes, «Ondine», il reprend une vieille légende germanique, selon laquelle un peuple immortel étrange, les Ondins, vit au fond des lacs. Leurs filles tombent parfois amoureuses d'un humain. Une ondine vient un soir proposer sa main à l'auteur : elle cherche à le séduire par un chant, où elle dévoile sa vie lacustre. Le poète refuse l'offre, mais recrée dans son œuvre le charme de cette apparition. - D'où les axes suivants : I. Le personnage d'Ondine II. Le thème de l'eau III. Les musiques du poème I. Le personnage d'Ondine A. Une créature mythologique 1. Une apparition fugitive - L'irruption et la fuite d'Ondine encadrent le texte : elle apparaît à la fenêtre dans un frôlement (l. 1) puis disparaît en s'évanouissant (l. 19). Rien n'indique qu'elle entre dans la pièce. - Le poème ne donne aucune indication sur son physique. Tout au plus peut-on imaginer qu'il s'agit d'elle lorsque Ondine évoque la « dame châtelaine » en « robe de moire » (l. 3), et qu'elle a, comme ses sœurs, des « bras d'écume » (l. 11). La moire, tissu aux nuances brillantes et variées, suggère peut-être un corps de poisson, dont les écailles luisent sous la lune. De plus la voix d'Ondine est un murmure à peine audible (l. 14) ; la nuit renforce l'impression d'étrangeté et favorise l'imprécision. 2. Une princesse des flots - Ondine appartient à une famille royale ; l'épouser rendrait le poète « roi des lacs » (l. 16). Tous les courants convergent vers son palais (l. 7), situé au centre de trois des quatre éléments constituant l'univers : le feu, la terre et l'air (l. 8). Le quatrième, l'eau, compose les murs. - Son peuple vit dans un monde uniquement aquatique, où le travail n'existe pas. La vie semble se réduire à nager : les Ondins sont des flots en mouvement ; le père « bat l'eau » (l. 10), les sœurs « caressent de leurs bras d'écume les fraîches îles » (l. 11) ou se moquent des arbres (l. 13). B. Une femme amoureuse 1. La séduction - Pour séduire, Ondine, comme les sirènes au passage d'Ulysse, chante d'une voix mélodieuse. Le refrain « Écoute ! Écoute ! » (l. 1) tente de capter et conserver l'attention du poète. - Elle vante son rang, la vie insouciante qu'il mènerait avec elle. 2. Le mariage - Comme pour le rassurer sur la sincérité de ses intentions, elle lui offre le mariage, lui montre peut-être « son anneau » (l. 14). - L'Ondine d'A. Bertrand n'est pas une femme fatale, contrairement aux sirènes ou à d'autres ondines qui noyaient leurs victimes. Rien d'inquiétant ici : l'atmosphère nocturne est calme ; « le beau lac endormi » dans lequel Ondine invite le poète n'apparaît jamais dangereux. Au contraire, il semble un lieu de plaisirs, de richesses et de beauté. D'ailleurs, même repoussée, la jeune fille ne se venge pas : Ondine est plutôt une femme-enfant. C. Une enfant espiègle 1. La naïveté - On la sent dans les occupations folâtres de ses sœurs. - Le second paragraphe ressemble à une comptine, où les propositions indépendantes s'enchaînent avec la même structure à partir du dernier mot de la précédente, qui est répété : « Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide... » Ce procédé s'appelle une anadiplose*. La double assonance* des adjectifs «caduc et barbu» (l. 13) rappelle les jeux de sonorité des chansons d'enfants. Le saule pleureur transformé en vieux pêcheur (l. 13) peut appartenir à l'imaginaire enfantin : cet arbre a la particularité de perdre ses feuilles en hiver (il est « caduc »), et ses branches très longues et fines tombent et trempent dans l'eau, comme une barbe ou une canne à pêche. Mais caduc veut dire aussi « usé », « vieux ». - Enfin, cette proposition de mariage a un côté ingénu : Ondine est moins ici une femme qui s'offre qu'une petite fille qui offre un cadeau. D'ordinaire, mais elle ne semble pas le savoir encore, ce sont les hommes qui font une demande en mariage, et non les femmes. Or ici elle le supplie (l. 14). 2. La légèreté - L'espièglerie est présente chez les sœurs, qui s'esclaffent d'un rien, aiment se moquer des arbres. - Ondine leur ressemble ; elle passe rapidement des pleurs à la joie, même lorsqu'elle se voit refuser son offre de mariage. Elle ne verse que « quelques larmes » avant de préférer « un éclat de rire » (l. 18), comme les enfants, qui souvent se consolent vite. - On notera la succession rapide des verbes dans le dernier paragraphe, qui traduit la vivacité des réactions d'Ondine »

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