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Sujet : « Un personnage n'est jamais qu'un morceau intime de nous-même, et toute oeuvre, quelle qu'elle soit, est une confession qui subit une métamorphose ». Pierre Jean Jouve, Commentaires, Mercure de France, 1950.

Définitions des termes :
  • personnage : Individu qui joue un rôle plus ou moins important dans un récit. Le personnage est une notion difficile à cerner. Dans le roman traditionnel, il est assimilé à une personne : ses traits naissent de l'imagination d'un écrivain (personnage fictif, ex. : Meursault dans l'Étranger, d'Albert Camus) ou sont empruntés à l'histoire (personnage historique, ex. : Richelieu dans les Trois Mousquetaires, d'Alexandre Dumas). Souvent, il présente une nature mixte, lorsque l'auteur, s'inspirant d'un personnage ayant véritablement existé, romance plus ou moins consciemment les données de l'histoire à des fins dramatiques (ex. : d'Artagnan). Dans le roman moderne et contemporain, le personnage est devenu une conscience qui construit le récit à partir de sa propre expérience du monde. Le « il » du roman traditionnel a laissé place au « je qui est à la fois le narrateur et le personnage (ex. : Marcel dans A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust). Dans une oeuvre, il n'est pas toujours aisé de distinguer le personnage principal des personnages secondaires. En effet, l'importance d'un personnage ne se mesure pas à ses fréquences d'apparition, mais à sa fonction dans le texte — c'est-à-dire à la mission qui lui revient dans la construction du récit. C'est ici que. la notion d'« actant », empruntée à l'analyse structurale du récit, peut être d'un grand secours.
  • même : Analogue, aussi, égal, identique, uniforme.
  • tout : La totalité sans exception.
  • dans quelle mesure : Jusqu'à quel degré, jusqu'à quel point.
  • confession : Forme d'autobiographie dans laquelle l'auteur déclare livrer à son lecteur ses secrets les plus intimes. La référence littéraire en matière de confession reste Jean-Jacques Rousseau avec ses Confessions (1770). Plus tard, sous la plume de Musset, la confession a perdu son caractère authentique pour devenir une œuvre de fiction romanesque dans laquelle apparaissent des éléments autobiographiques {la Confession d'un enfant du siècle, 1836.)

Extrait du corrigé : Dans ce propos, Pierre Jean Jouve énonce un propos général sur la création artistique : d'après lui, toute production littéraire n'est que la métamorphose, c'est-à-dire la modification de la forme, d'une  expérience intime. C'est ainsi qu'un personnage, par exemple, est un « morceau de l'individu », c'est-à-dire une objectivation d'une part de l'intériorité de celui qui écrit : nous pouvons rappeler a ce propos le mot fameux de Flaubert « Madame Bovary, c'est moi » qui met en évidence que la créature de l'artiste entretient une relation spéculaire avec sa propre intériorité, de sorte que nous pouvons dire que la créature est en quelque sorte le reflet et l'expression de son créateur. En ce sens, toute production littéraire, considérée à grande ou petite échelle (celle de l'oeuvre dans son ensemble, ou de ses composantes, telles que les personnages mis en scène par l'oeuvre en question) est toujours « quelle qu'elle soit », construite a partir d'un matériau intime, qui subit un travestissement suffisant pour brouiller les pistes, peut-être, mais qui n'empêche pas au demeurant que cette oeuvre soit l'expression masquée d'une vérité intime concernant le sujet écrivant. Cependant, ne pouvons-nous pas opposer à la thèse de Pierre Jean Jouve, aussi forte et puissamment vraie qu'elle puisse nous apparaitre dans l'ensemble, que son propos est peut-être trop généralisant et qu'il est faux d'affirmer que toute oeuvre, en général et sans distinction aucune, est cette « confession qui subit une métamorphose dont il parle ». Nous pouvons penser en effet que certaines oeuvres littéraires ne sont pas enracinées dans le terreau intime dont parle Pierre Jean Jouve, de sorte que la littérature n'est pas réduite a l'expression masquée de l'intériorité d'un individu, au travestissement plus ou moins complet de ce qu'il est, et peut au contraire se tourner vers l'expression d'une idée qui transcende toute dimension intime du sujet écrivant. Mais nous verrons dans un dernier temps que toute production littéraire, si elle ne peut être qualifiée de « confession intime » comme le fait Pierre Jean Jouve qu'au prix d'une exagération, ne laisse pas moins de produire un discours implicite sur l'auteur lui-même : nous proposerons donc de lire les oeuvres littéraires en général, non comme une « confession qui subit une métamorphose » mais comme le théâtre d'un double discours ou, implicitement, l'auteur a beau nous parler de quelque chose d'extérieur a lui-même et a son expérience intime d'individu empirique, il n'en laisse pas moins de nous parler implicitement de ce qu'il est.

Corrigé : Corrigé directement accessible

Le corrigé du sujet " « Un personnage n'est jamais qu'un morceau intime de nous-même, et toute oeuvre, quelle qu'elle soit, est une confession qui subit une métamorphose ». Pierre Jean Jouve, Commentaires, Mercure de France, 1950." a obtenu la note de : aucune note

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