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Sujet : Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves

Extrait étudié : Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves Elle passa tout le jour des fiançailles chez elle à se parer, pour se trouver le soir au bal et au festin royal qui se faisait au Louvre. Lorsqu'elle arriva, l'on admira sa beauté et sa parure ; le bal commença et, comme elle dansait avec M. de Guise, il se fit un assez grand bruit vers la porte de la salle, comme de quelqu'un qui entrait et à qui on faisait place. Mme de Clèves acheva de danser et, pendant qu'elle cherchait des yeux quelqu'un qu'elle avait dessein de prendre, le roi lui cria de prendre celui qui arrivait. Elle se tourna et vit un homme qu'elle crut d'abord ne pouvoir être que M. de Nemours, qui passait par-dessus quelques sièges pour arriver où l'on dansait. Ce prince était fait d'une sorte qu'il était difficile de n'être pas surpris de le voir quand on ne l'avait jamais vu, surtout ce soir-là, où le soin qu'il avait pris de se parer augmentait encore l'air brillant qui était dans sa personne ; mais il était difficile aussi de voir Mme de Clèves pour la première fois sans avoir un grand étonnement. M. de Nemours fut tellement surpris de sa beauté que, lorsqu'il fut proche d'elle, et qu'elle lui fit la révérence, il ne put s'empêcher de donner des marques de son admiration. Quand ils commencèrent à danser, il s'éleva dans la salle un murmure de louanges. Le roi et les reines se souvinrent qu'ils ne s'étaient jamais vus, et trouvèrent quelque chose de singulier de les voir danser ensemble sans se connaître. Ils les appelèrent quand ils eurent fini sans leur donner le loisir de parler à personne et leur demandèrent s'ils n'avaient pas bien envie de savoir qui ils étaient, et s'ils ne s'en doutaient point. Il se rangea derrière une des fenêtres, qui servaient de porte, pour voir ce que faisait Mme de Clèves. Il vit qu'elle était seule ; mais il la vit d'une si admirable beauté qu'à peine fut-il maître du transport que lui donna cette vue. Il faisait chaud, et elle n'avait rien, sur la tête et sur sa gorge, que ses cheveux confusément rattachés. Elle était sur un lit de repos, avec une table devant elle, où il y avait plusieurs corbeilles pleines de rubans ; elle en choisit quelques-uns, et M. de Nemours remarqua que c'étaient des mêmes couleurs qu'il avait portées au tournoi. Il vit qu'elle en faisait des noeuds à une canne des Indes, fort extraordinaire, qu'il avait portée quelque temps et qu'il avait donnée à sa soeur, à qui Mme de Clèves l'avait prise sans faire semblant de la reconnaître pour avoir été à M. de Nemours.
Extrait du commentaires :

La Princesse de Clèves est une œuvre composée en 1678 par Madame de La Fayette. Femme et aristocrate, elle se défend d’être « un vrai auteur de profession », mais publie pourtant La Princesse de Montpensier (1662) auxquels d’autres feront suite jusqu’au célèbre roman La Princesse de Clèves, l’un des incontestables chefs-d’œuvre du genre romanesque.
Nous sommes en 1558, soit plus d’un siècle avant le récit. L’action s’établit à la cour du roi Henri II.
L’art novelliste de l’écrivain est une exploration de l’intériorité et de l’analyse psychologique, portée par une morale sombre. L’ouvrage se concentre sur la description du sentiment amoureux. Sentiment expressément détaillé grâce à l’observation du comportement des personnages principaux : le prince de Clèves mademoiselle de Chartres et le duc de Nemours.
Le lecteur est invité à partager le tumulte dans lequel la Princesse de Clèves est plongée. En effet, elle tombe follement amoureuse du duc après avoir accepté de prendre pour époux le prince. Dès lors, un conflit s’amorce, entre morale et passion (une lutte intérieure que la jeune femme tente en vain de remporter afin de ne pas trahir les préceptes maternels).

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