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LA NUIT ETERNELLE DE GÉRARD DE NERVAL


Dans Aurélia ou le rêve et la vie, Nerval, qui mettra fin à ses jours en 1855, raconte
l'une de ses crises de folie.

Atteint depuis 1841 par des crises
intermittentes de folie, le "poète maudit"
sombre dans un univers où se mêlent
la réalité, le rêve, les réminiscences littéraires,
historiques, personnelles.
Le 25 janvier 1855, il laisse une note à sa
tante : "Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera
noire et blanche." On le retrouve
le lendemain matin, pendu à une grille, rue de
la Vieille-Lanterne. Le suicide,
Jamais formellement prouvé,
est une quasi-certitude. Dans son oeuvre
testamentaire, Aurélia ou le rêve et la vie,
il méditait sur la mort volontaire,
dans un songe hallucinatoire :

« Arrivé sur la place de la Concorde, ma pensée
était de me détruire.
A plusieurs reprises, je me dirigeai vers la Seine,
mais quelque chose m'empêchait d'accomplir mon
dessein. Les étoiles brillaient dans
le firmament. Tout à coup, il me sembla qu'elles
venaient de s'éteindre à la fois comme des bougies
que j 'avais vues à l'église.
Je crus que les temps étaient accomplis, et que
nous touchions à la fin du monde annoncée dans
l'Apocalypse de saint Jean.
Je croyais voir un soleil noir dans le ciel désert, et
un globe rouge de sang au-dessus
des Tuileries. Je me dis : "La nuit éternelle
commence et elle va être terrible.
Que va-t-il arriver quand les hommes
s'apercevront qu'il n'y a plus de soleil ? " [ ... ]
Mon âme est-elle la molécule indestructible,
le globule qu'un peu d'air gonfle, mais qui
retrouve sa place dans la nature,
ou ce vide même, image du néant qui disparaît
dans l'immensité ? Serait-elle encore
la parcelle fatale destinée à subir, sous toutes ses
transformations, les vengeances des êtres
puissants ? Je me vis ainsi amené à me demander
compte de ma vie, et même de mes existences
antérieures. »

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