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LA DERNIERE LETTRE DES EPOUX SMITH


Un exemple de la ., maladie anglaise» :
Richard et Bridget Smith ont tué leur
petite fille avant de disparaître. Ils ont
laissé un testament philosophique.


« La raison qui nous a fait désirer la mort est une
haine invétérée contre la misère; malheur qui,
par une suite d'accidents, était devenu pour nous
tout à fait inévitable. Nous prenons à témoins
tous ceux qui nous ont connus, que nous n'avons
jamais été des fainéants ni des gens sans
conduite, et que nous avons pris autant de peine
pour gagner notre vie qu'aucun de nos voisins;
mais nos soins n'ont pas eu le même succès. [ ... ]
« Nous avons conclu que le monde ne saurait
être sans un premier moteur, c'est-à-dire sans
l'existence d'un être tout-puissant; mais,
en reconnaissant la puissance de Dieu, nous ne
saurions nous empêcher d'être persuadés qu'il
n'est point implacable, qu'il ne ressemble point à
la race perverse des hommes, qu'il ne se fait point
un plaisir du malheur de ses créatures.
Dans cette confiance, nous remettons nos âmes
entre ses mains, sans être saisis de terribles
appréhensions; et nous nous soumettons
de bon coeur à tout ce qu'il lui plaira, dans
sa bonté, d'ordonner de nous au moment
de notre mort. [ ... ]
« Enfin, nous n'ignorons pas certaines lois
humaines qui sont faites pour inspirer de la
terreur; mais, indifférents pour ce que nos corps
peuvent devenir après notre vie, nous en laissons
la disposition à la sagesse des juges. [ ... ]
« L'opinion des naturalistes est que la matière
dont nos corps sont composés se dissipe
et se renouvelle à certaines périodes de notre vie ;
de sorte qu'un grand nombre de gens changent
plus souvent de corps que d'habits. Comme les
théologiens ne nous apprennent point avec lequel
de ces différents corps nous devons ressusciter,
il est aussi probable de celui que nous avons en
mourant, que d'aucun autre, qu'il ne sera pour
toute l'éternité qu'un peu de cendre sourde
et muette. »

(Lettre citée dans L 'Histoire d'Angleterre par M. Rapin de Thoyras, La Haye, 1749, T. XIV, p. 386.)

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