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ROUSSEAU, Rêveries du Promeneur solitaire (1776-1778), "Cinquième Promenade". De toutes les habitations où j'ai demeuré (et j'en ai eu de charmantes), aucune ne m'a rendu si véritablement heureux et ne m'a laissé de si tendres regrets que l'île de Saint-Pierre au milieu du lac de Bienne. Cette petite île qu'on appelle à Neuchâtel l'île de La Motte est bien peu connue, même en Suisse. Aucun voyageur, que je sache, n'en fait mention. Cependant elle...
Rousseau, les Rêveries du promeneur solitaire. Dixième Promenade Aujourd'hui, jour de Pâques fleuries, il y a précisément cinquante ans de ma première connaissance avec madame de Warens. Elle avait vingt-huit ans alors, étant née avec le siècle. Je n'en avais pas encore dix-sept et mon tempérament naissant, mais que j'ignorais encore, donnait une nouvelle chaleur à un coeur naturellement plein de vie. S'il n'était pas étonnant qu'elle conçût de la bienveillance pour un...
Quand le soir approchait, je descendais des cimes de l'île, et j'allais volontiers m'asseoir au bord du lac, sur la grève, dans quelque asile caché. Là, le bruit des vagues et l'agitation de l'eau, fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation, la plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m'en fusse aperçu. Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu, mais...
J-J. Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, Première promenade, 1778. Seul pour le reste de ma vie, puisque je ne trouve qu'en moi la consolation, l'espérance et la paix, je ne dois ni ne veux plus m'occuper que de moi. C'est dans cet état que je reprends la suite de l'examen sévère et sincère que j'appelai jadis mes Confessions. Je consacre mes derniers jours à m'étudier moi-même et à préparer d'avance le compte que...
Flaubert, l'Éducation sentimentale, deuxième partie, chapitre 6 Ils passèrent l'après-midi à regarder, de leur fenêtre, le peuple dans la rue. Puis il l'emmena dîner aux Trois-Frères-Provençaux. Le repas fut long, délicat. Ils s'en revinrent à pied, faute de voiture. A la nouvelle d'un changement de ministère, Paris avait changé. Tout le monde était en joie ; des promeneurs circulaient, et des lampions à chaque étage faisaient une clarté comme en plein jour. Les soldats regagnaient lentement...
Zola, Thérèse Raquin, chapitre XI Le crépuscule venait. De grandes ombres tombaient des arbres, et les eaux étaient noires sur les bords. Au milieu de la rivière, il y avait de larges traînées d'argent pâle. La barque fut bientôt en pleine Seine. Là, tous les bruits des quais s'adoucissaient ; les chants, les cris arrivaient, vagues et mélancoliques, avec des langueurs tristes. On ne sentait plus l'odeur de friture et de poussière. Des fraîcheurs traînaient....
Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, cinquième promenade Rousseau fait part de ses réminiscences et évoque un séjour passé à l'île de Saint-Pierre sur le lac de Bienne. Quand le lac agité ne me permettait pas la navigation, je passais mon après-midi à parcourir l'île en herborisant à droite et à gauche, m'asseyant tantôt dans les réduits les plus riants et les plus solitaires pour y rêver à mon aise, tantôt sur les terrasses et...
François COPPÉE (1842-1908) (Recueil : Intimités) - Je suis un pâle enfant du vieux Paris...
Je suis un pâle enfant du vieux Paris, et j'ai
Le regret des rêveurs qui n'ont pas voyagé.
Au pays bleu mon âme en vain se réfugie,
Elle n'a jamais pu perdre la nostalgie
Des verts chemins qui vont là-bas, à l'horizon.
Comme un pauvre captif vieilli dans sa prison
Se cramponne aux barreaux étroits...
François COPPÉE (1842-1908) (Recueil : Promenades et Intérieurs.) - A Paris, en été, les soirs sont étouffants...
A Paris, en été, les soirs sont étouffants.
Et moi, noir promeneur qu'évitent les enfants,
Qui fuis la joie et fais, en flânant, bien des lieues,
Je m'en vais, ces jours-là, vers les tristes banlieues.
Je prends quelque ruelle où pousse le gazon
Et dont un mur tournant est le seul horizon.
Je me plais dans ces...
Louis-Honoré FRÉCHETTE (1839-1908) (Recueil : Oiseaux de neige) - Janvier
La tempête a cessé. L'éther vif et limpide
A jeté sur le fleuve un tapis d'argent clair,
Où l'ardent patineur au jarret intrépide
Glisse, un reflet de flamme à son soulier de fer.
La promeneuse, loin de son boudoir tépide,
Bravant sous les peaux d'ours les morsures de l'air,
Au son des grelots d'or de son cheval rapide,
À nos...
Ernest d' HERVILLY (1839-1911) - The park
Sa Seigneurie est sur le continent. - Les hêtres
Sous lesquels Robin-Hood jadis tendit son arc
Mugissent, défeuillés, au fond du noble Park.
Blackwood-Castle est désert ; closes sont les fenêtres.
Rivière de high-life, à travers un gazon
Ratissé sans relâche, eau flegmatique et noire,
Coule à présent la source où s'arrêtait pour boire
Le brave Outlaw chargé de...
Victor HUGO (1802-1885) (Recueil : Les chansons des rues et des bois) - La méridienne du lion
Le lion dort, seul sous sa voûte.
Il dort de ce puissant sommeil
De la sieste, auquel s'ajoute,
Comme un poids sombre, le soleil.
Les déserts, qui de loin écoutent,
Respirent ; le maître est rentré.
Car les solitudes redoutent
Ce promeneur démesuré.
Son souffle...
Éphraïm MIKHAËL (1866-1890) - Dimanches parisiens
Sous le ciel gris lavé d'opale
Et qu'un soleil aux rayons lents
Poudre d'or vaporeux et pâle,
Elles vont it pas nonchalants ;
Roses de froid sous les voilettes
Elles passent, laissant dans l'air
Une senteur de violettes
Mourantes, et de blonde chair.
*
**
Elles ne vont ni vers l'église
Où, sur...
Odilon-Jean PÉRIER (1901-1928) (Recueil : Le promeneur) - Amour, je ne viens pas dénouer vos cheveux
Amour, je ne viens pas dénouer vos cheveux.
Déserte, toute armée, inutile étrangère,
Je vous laisse debout dans un peu de lumière
Et je garde ce corps pur et mystérieux.
Mais pardonnerez-vous ce merveilleux ouvrage ?
Vous perdez un trésor à suivre mon conseil.
- Comme une eau solitaire où...
Odilon-Jean PÉRIER (1901-1928) (Recueil : Le promeneur) - Chaque jour un oiseau rencontre ce garçon
Chaque jour un oiseau rencontre ce garçon
Aux yeux baissés, qui se promène sous les arbres,
Vers la nuit, qui n'est pas plus gai que de raison
Ni triste, - mais l'oiseau l'écoute qui se parle :
Il ne regarde pas les hommes dans la rue,
Leurs yeux pâles (dit-il) ni les...
Odilon-Jean PÉRIER (1901-1928) (Recueil : Le promeneur) - Comme parle et se tait une fille des hommes
Comme parle et se tait une fille des hommes
Comme de grands secrets sont formés par son corps
Quel étrange plaisir, à cette heure où nous sommes
Aussi libres de tout que les esprits des morts,
Aussi légers, abandonnés, sûrs de nous-mêmes,
Aussi loin de la vie aux doux...
Odilon-Jean PÉRIER (1901-1928) (Recueil : Le promeneur) - Grande bête dorée, Amour couleur de femme
Grande bête dorée, Amour couleur de femme
Les bras ouverts, debout au milieu du chemin
Que faites-vous de moi dans cette blanche flamme ?
Soutiendrais-je longtemps son éclat inhumain ?
Laissez donc ma sagesse étendre un peu ses ailes,
Passer ce bel oiseau sur mes livres déserts ;
Laissez aller mon...
Odilon-Jean PÉRIER (1901-1928) (Recueil : Le promeneur) - Histoire d'une amitié
Le sable et les arbres jouaient
A m'égarer
Le vent et les oiseaux jouaient au plus léger
Plaisir des dunes
Une canne de jonc
Une cravate Un papillon
Écume de mer Pipe d'écume
Avec l'amitié pour enjeu
Ces jeunes gens ne sont pas sérieux...
Odilon-Jean PÉRIER (1901-1928) (Recueil : Le promeneur) - Il pleut. je n'ai plus rien à dire de moi-même
" La terre montre au ciel ce qu'elle a de plus beau. "
Simon Senne.
A Robert De Geynst
Il pleut. je n'ai plus rien à dire de moi-même
Et tout ce que j'aimais, comme le sable fin
Sans peser sur la plage où les...
Odilon-Jean PÉRIER (1901-1928) (Recueil : Le citadin) - Je ne chanterai pas très haut ni très longtemps
Je ne chanterai pas très haut ni très longtemps.
C'est à mon plaisir seul, à vous que je m'attends
Égalité du coeur, honnête poésie.
Je n'ai rien de meilleur que cette humeur unie,
J'éprouve la couleur le grain de mon papier
Et l'incertain trésor que j'y viens gaspiller.
Toute...
Odilon-Jean PÉRIER (1901-1928) (Recueil : Le promeneur) - La blessure
A René Purnal
Les mains dans le brouillard et mon orgueil en bouche
Comme une bête tient sa proie ou ses petits,
Je respire, je vais. Le monde me saisit,
Les couleurs de la vie autour de moi se couchent.
Bariolé de sang, chargé d'un picador,
Le cheval éventré trébuche dans sa traîne.
Odilon-Jean PÉRIER (1901-1928) (Recueil : Le promeneur) - Les fontaines ornées d'écume et d'armes blanches
Les fontaines ornées d'écume et d'armes blanches
Les fontaines, ce soir, parlent à haute voix
La vitre des cafés
Murmure, où la buée, les baisers se mélangent
Le souffle de l'amour et les lèvres mouillées
Que je goûte sur toi.
Douces choses, ce soir, et qui fondent en larmes...
Odilon-Jean PÉRIER (1901-1928) (Recueil : Le promeneur) - Les rues et les verres vides
Les rues et les verres vides
La grande fraîcheur des mains
Rien de cassé Rien de sali Rien d'inhumain
Cordialement bonjour, bonsoir
Je suis paresseux tu vois
En bonne santé
A la santé du paysage
L'amateur de rues aérées
Si vous voulez que je...
Odilon-Jean PÉRIER (1901-1928) (Recueil : Le promeneur) - Mon amie
La pluie fait une ville
Difficile à aimer
Point du jour Point du soir
Et pointe du plaisir.
Des goûts et des couleurs
Plus vives que jamais...
Ainsi la pluie me parle
Au coeur
Ô patrie légère
Ô maison de fil
Mes amis, mes frères
Vous connaissent-ils ?
Ils parlent d'amour
Je n'en ai que faire
...
Odilon-Jean PÉRIER (1901-1928) (Recueil : Le promeneur) - Pour veiller ce soir d'hiver
A Eric de Haulleville
Pour veiller ce soir d'hiver
Verse le thé, plus amer
Et violent que le fer,
Où est le plaisir des sages.
Tu te penches sur ce thé
Tu y cherches la santé
Les vertus, la vérité
D'une eau vive et sans nuages.
Or un...
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