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Balzac, Le Père Goriot (l'odeur de la pension) : Cette première pièce exhale une odeur sans nom dans la langue, et qu'il faudrait appeler l'odeur de pension. Elle sent le renfermé, le moisi, le rance ; elle donne froid, elle est humide au nez, elle pénètre les vêtements ; elle a le goût d'une salle où l'on a dîné; elle pue le service, l'office, l'hospice. Peut-être pourrait-elle se décrire si l'on inventait un procédé pour évaluer...
Rousseau, Lettre à d'Alembert sur les spectacles (1758) Je me souviens d'avoir vu dans ma jeunesse aux environs de Neuchâtel un spectacle assez agréable et peut-être unique sur la terre. Une montagne entière couverte d'habitations dont chacune fait le centre des terres qui en dépendent ; en sorte que ces maisons, à distances aussi égales que les fortunes des propriétaires, offrent à la fois aux nombreux habitants de cette montagne, le recueillement de la retraite et...
Zola, L'Assommoir, chapitre X. Deux années s'écoulèrent, pendant lesquelles ils s'enfoncèrent de plus en plus. Les hivers surtout les nettoyaient. S'ils mangeaient du pain au beau temps, les fringales arrivaient avec la pluie et le froid, les danses devant le buffet, les dîners par coeur, dans la petite Sibérie de leur cambuse. Ce gredin de décembre entrait chez eux par-dessous la porte, et il apportait tous les maux, le chômage des ateliers, les fainéantises...
Ponge, Le Parti pris des choses, « Les poêles » L'animation des poêles est en raison inverse de la clémence du temps. Mais comment, à ces tours modestes de chaleur, témoigner bien notre reconnaissance ? Nous qui les adorons à l'égal des troncs d'arbres, radiateurs en été d'ombre et fraîcheurs humides, nous ne pouvons pourtant les embrasser. Ni trop, même, nous approcher d'eux sans rougir... Tandis qu'eux rougissent de la satisfaction qu'ils nous donnent. Par tous les petits craquements...
Jean Follain, L'Épicerie d'enfance (1938), "Repas" Les avant-coureurs des repas étaient dans des gestes infimes : la femme en fichu égalisait le sel dans la salière biseautée. L'on mettait la table longtemps à l'avance. Quand on soulevait le coquetier de dessus l'étagère du buffet, la place de sa base restait marquée ronde et sertie par une fine poussière presque impalpable. Tenue par une main experte et vigoureuse la cuiller à ragoûts, avec un bruit particulier, avec un bruit qui...
Balzac, Le Colonel Chabert. Tout marchait à la fois, la requête, la causerie et la conspiration. - Rendue en... Hein ? papa Boucard, quelle est la date de l'ordonnance ? Il faut mettre les points sur les i, saquerlotte ! Cela fait des pages. - Saquerlotte ! répéta l'un des copistes avant que Boucard le Maître-clerc n'eût répondu. - Comment, vous avez écrit saquerlotte ? s'écria Godeschal en regardant l'un des nouveaux venus d'un air à la fois sévère...
Hervé Bazin, Vipère au poing. Ce confort des fesses est d'ailleurs à La Belle Angerie le seul dont on jouisse. Téléphone, chauffage central, des mythes ! Le simple "E. G. E." des petites annonces locatives est ici totalement inconnu. L'eau, à cent mètres, se tire d'un puits douteux, aux margelles fleuries d'escargots. Hormis le salon, dont le parquet, posé directement sur le sol, est à remplacer tous les dix ans, toutes les pièces sont pavées de...
Flaubert, L'Éducation sentimentale, 1e partie, chapitre 5 Ils ne trouvèrent, ensuite, absolument rien à se dire. Arnoux, qui s'était fait une cigarette, tournait autour de la table, en soufflant. Frédéric, debout contre le poêle, contemplait les murs, l'étagère, le parquet ; et des images charmantes défilaient dans sa mémoire, devant ses yeux plutôt. Enfin il se retira. Un morceau de journal, roulé en boule, traînait par terre, dans l'antichambre ; Arnoux le prit, et, se haussant...
Baudelaire, « Any where out of the world » Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en face du poële, et celui-là croit qu'il guérirait à côté de la fenêtre. Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas, et cette question de déménagement en est une que je discute...
Charles Bukowski, L'amour est un chien de l'enfer, «QUAND JE PENSE A MA PROPRE MORT » je pense à des voitures garées dans un parking quand je pense à ma propre mort je pense à des poêles à frire quand je pense à ma propre mort je pense à quelqu'un te faisant l'amour en mon absence quand je pense à ma propre mort j'ai de la peine à respirer quand je pense à ma propre mort je pense à tous les...
(Après avoir essayé vainement sur les barricades d'organiser la résistance au coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte (2 décembre 1851), Jacques Vingtras se voit contraint de rejoindre sa famille à Nantes. Son père exige de lui, chaque jour, un devoir de grec ou de latin, après quoi le jeune homme est libre — «libre de regarder le quai Richebourg».) Oh! ce quai Richebourg, si long, si vide, si triste! Ce n'est plus l'odeur de la ville, c'est...
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - Jean des Tilles
- " Ma bague ! ma bague ! " - Et le cri de la lavandière
effraya dans la souche d'un saule un rat qui filait sa
quenouille.
Encore un tour de Jean des Tilles, l'ondin malicieux et
espiègle qui ruisselle, se plaint et rit sous les coups
redoublés du battoir !
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - Départ pour le sabbat
Ils étaient là une douzaine qui mangeaient la soupe
à la bière, et chacun d'eux avait pour cuillère l'os
de l'avant-bras d'un mort.
La cheminée était rouge de braise, les chandelles
champignonnaient dans la fumée, et les assiettes
exhalaient une odeur de fosse au printemps.
Et lorsque Maribas riait ou...
Nérée BEAUCHEMIN (1850-1931) (Recueil : Patrie intime) - Ma lointaine aïeule
Par un temps de demoiselle,
Sur la frêle caravelle,
Mon aïeule maternelle,
Pour l'autre côté de l'Eau,
Prit la mer à Saint-Malo.
Son chapelet dans sa poche,
Quelques sous dans la sacoche,
Elle arrivait, par le coche,
Sans parure et sans bijou,
D'un petit bourg de l'Anjou.
Devant l'autel...
Tristan CORBIERE (1845-1875) (Recueil : Les Amours jaunes) - Sonnet posthume
Dors : ce lit est le tien... Tu n'iras plus au nôtre.
- Qui dort dîne. - A tes dents viendra tout seul le foin.
Dors : on t'aimera bien - L'aimé c'est toujours l'Autre...
Rêve : La plus aimée est toujours la plus loin...
Dors : on t'appellera beau décrocheur détoiles !
Chevaucheur de rayons !... quand il fera...
Marc-Antoine DÉSAUGIERS (1772-1827) - L'atelier du peintre
ou
Le portrait manqué
Jaloux de donner à ma belle
Un duplicata de mes traits,
Je demande quel est l'Apelle
Le plus connu par ses portraits.
C'est, me répond l'ami Dorlange,
Un artiste nommé Mathieu.
Il prend fort peu...
Mais, ventrebleu !
Quel coloris, quelle grâce, quel feu !
Il vous...
Joachim DU BELLAY (1522-1560) (Recueil : Les Regrets) - La terre y est fertile, amples les édifices
La terre y est fertile, amples les édifices,
Les poêles bigarrés, et les chambres de bois,
La police immuable, immuables les lois,
Et le peuple ennemi de forfaits et de vices.
Ils boivent nuit et jour en Bretons et Suisses,
Ils sont gras et refaits, et mangent plus que trois...
Théophile GAUTIER (1811-1872) (Recueil : Albertus) - Albertus, II
Confort et far-niente ! - toute une poésie
De calme et de bien-être, à donner fantaisie
De s'en aller là-bas être Flamand ; d'avoir
La pipe culottée et la cruche à fleurs peintes,
Le vidrecome large à tenir quatre pintes,
Comme en ont les buveurs de Brawer, et le soir
Près du poêle qui siffle et qui détonne, au centre...
Jean de LA FONTAINE (1621-1695) (Recueil : Les Fables) - Le Loup et le Chien maigre
Autrefois Carpillon fretin
Eut beau prêcher, il eut beau dire ;
On le mit dans la poêle à frire.
Je fis voir que lâcher ce qu'on a dans la main,
Sous espoir de grosse aventure,
Est imprudence toute pure.
Le Pêcheur eut raison ;
Carpillon n'eut pas tort.
Chacun dit ce qu'il peut pour défendre sa vie.
Maintenant...
Jean de LA FONTAINE (1621-1695) (Recueil : Les Fables) - Le petit Poisson et le Pêcheur
Petit poisson deviendra grand,
Pourvu que Dieu lui prête vie.
Mais le lâcher en attendant,
Je tiens pour moi que c'est folie ;
Car de le rattraper il n'est pas trop certain.
Un Carpeau qui n'était encore que fretin
Fut pris par un Pêcheur au bord d'une rivière.
Tout fait nombre, dit l'homme en voyant son butin ;
Catulle MENDÈS (1841-1909) (Recueil : La grive des vignes) - Ballade de la convenance de se déshabiller au printemps
La Seine, clair ciel à l'envers,
S'ensoleille comme le Tage !
Laisse éclore des menus vairs
Tes bras, ta gorge et davantage.
Au diable l'imbécile adage :
" Avril. Ne quitte pas un fil. "
Il ne sied qu'aux personnes d'âge.
Quitte tout, ma mie, en avril !
Quand...
Jules RENARD (1864-1910) (Recueil : Les bucoliques) - Ne réservez pas à ma vieillesse un château
... Ne réservez pas à ma vieillesse un château, mais faites-
moi la grâce de me garder, comme dernier refuge, cette cuisine
avec sa marmite toujours en l'air,
avec la crémaillère aux dents diaboliques,
la lanterne d'écurie et le moulin à café,
le litre de pétrole, la boîte de chicorée extra et les allumettes...
Maurice ROLLINAT (1846-1903) (Recueil : Paysages et paysans) - Pendant la pluie
Après une chaleur si dure
Tout se rafraîchit pour l'instant.
La pluie est absorbée autant
Par le roc que par la verdure.
Terrains noirs, sillons bruns et roux,
Prés et bois, les pentes, les trous,
Toute la campagne qui songe
S'en imbibe, la boit, l'éponge.
Les pauvres herbes altérées,
Charles SAINTE-BEUVE (1804-1869) (Recueil : Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme) - Les rayons jaunes
Les dimanches d'été, le soir, vers les six heures,
Quand le peuple empressé déserte ses demeures
Et va s'ébattre aux champs,
Ma persienne fermée, assis à ma fenêtre,
Je regarde d'en haut passer et disparaître
Joyeux bourgeois, marchands,
Ouvriers en habits de fête, au coeur plein d'aise ;
Un livre est...
Alors, elle prit sur le poêle une bouteille de vin de Champagne, et elle le versa de haut, dans les coupes qu’on lui tendait. Comme la table était trop large, les convives, les femmes surtout, se portèrent de son côté, en se dressant sur la pointe des pieds, sur les barreaux des chaises, ce qui forma pendant une minute un groupe pyramidal de coiffures, d’épaules nues, de bras tendus, de corps penchés ; — et...
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