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présent.
Pierre Emmanuel (1916-1984), Jour de colère (1942), « Hymne de la Liberté ». […] O mes frères dans les prisons vous êtes libres Libres les yeux brûlés les membres enchaînés Le visage troué les lèvres mutilées Vous êtes ces arbres violents et torturés Qui croissent plus puissants parce qu'on les émonde Et sur tout le pays d'humaine destinée Votre regard d'hommes vrais est sans limites Votre silence est la paix terrible de l'éther1. Par-dessus les tyrans enroués de mutisme Il y a la nef silencieuse...
Philippe Claudel, Les Âmes grises Si on me demandait par quel miracle je sais tous les faits que je vais raconter, je répondrais que je les sais, un point c'est tout. Je les sais parce qu'ils me sont familiers comme le soir qui tombe et le jour qui se lève. Parce que j'ai passé ma vie à vouloir...
Pierre de MARBEUF (1596-1645) - Je disais l'autre jour...
Je disais l'autre jour ma peine et ma tristesse
Sur le bord sablonneux d'un ruisseau dont le cours
Murmurant s'accordait au langoureux discours
Que je faisais assis proche de ma maîtresse.
L'occasion lui fit trouver une finesse :
Silvandre, me dit-elle, objet de mes amours,
Afin de t'assurer que j'aimerai toujours,
Ma main dessus cette...
Germain NOUVEAU (1851-1920) (Recueil : Valentines) - Dernier madrigal
Quand je mourrai, ce soir peut-être,
Je n'ai pas de jour préféré,
Si je voulais, je suis le maître,
Mais... ce serait mal me connaître,
N'importe, enfin, quand je mourrai.
Mes chers amis, qu'on me promette
De laisser le bois... au lapin,
Et, s'il vous plaît, qu'on ne me mette
Pas, comme une simple allumette,...
Baudelaire, « Remords posthume » Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse, Au fond d'un monument construit en marbre noir, Et lorsque tu n'auras pour alcôve et manoir Qu'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse; Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse Et tes flancs qu'assouplit un charmant nonchaloir, Empêchera ton coeur de battre et de vouloir, Et tes pieds de courir leur course aventureuse, Le tombeau, confident de mon rêve infini (Car le tombeau toujours comprendra le poète), Durant ces grandes nuits d'où le somme est...
Orphee - Poème de Paul Valéry ... Je compose en esprit, sous les myrtes, Orphée L'Admirable! ... Le feu, des cirques purs descend; Il change le mont chauve en auguste trophée D'où s'exhale d'un dieu l'acte retentissant. Si le dieu chante, il rompt le site tout-puissant; Le soleil voit l'horreur du mouvement des pierres; Une plainte inouïe appelle éblouissants Les hauts murs d'or harmonieux d'un sanctuaire. Il chante, assis au bord du ciel splendide, Orphée! Le roc marche, et trébuche; et chaque...
ROUSSEAU, Rêveries du Promeneur solitaire (1776-1778), "Cinquième Promenade". De toutes les habitations où j'ai demeuré (et j'en ai eu de charmantes), aucune ne m'a rendu si véritablement heureux et ne m'a laissé de si tendres regrets que l'île de Saint-Pierre au milieu du lac de Bienne. Cette petite île qu'on appelle à Neuchâtel l'île de La Motte est bien peu connue, même en Suisse. Aucun voyageur, que je sache, n'en fait mention. Cependant elle...
Lesage, Gil Blas, « Au lecteur ». "Avant que d'entendre l'histoire de ma vie, écoute, ami lecteur, un conte que je vais te faire. Deux écoliers allaient ensemble de Peñafiel à Salamanque. Se sentant las et altérés, ils s'arrêtèrent au bord d'une fontaine qu'ils rencontrèrent sur leur chemin. Là, tandis qu'ils se délassaient après s'être désaltérés, ils aperçurent par hasard auprès d'eux, sur une pierre à fleur de terre, quelques mots déjà un peu effacés par le...
Jean de La Bruyère : «Du Souverain» (Les Caractères, fragment XXIX, 1688) Quand vous voyez quelquefois un nombreux troupeau qui, répandu sur une colline vers le déclin d'un beau jour, paît1 tranquillement le thym et le serpolet, ou qui broute dans une prairie une herbe menue et tendre qui a échappé à la faux du moissonneur, le berger, soigneux et attentif, est debout auprès de ses brebis; il ne les perd pas de...
Victor HUGO (1802-1885) (Recueil : La légende des siècles) - Le crapaud
Que savons-nous ? qui donc connaît le fond des choses ?
Le couchant rayonnait dans les nuages roses ;
C'était la fin d'un jour d'orage, et l'occident
Changeait l'ondée en flamme en son brasier ardent ;
Près d'une ornière, au bord d'une flaque de pluie,
Un crapaud regardait le ciel, bête éblouie ;
Grave, il songeait ; l'horreur contemplait la splendeur.
Pierre de MARBEUF (1596-1645) - À Philis
Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,
Et la mer est amère, et l'amour est amer,
L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer,
Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.
Celui qui craint les eaux, qu'il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,
Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,
Alfred JARRY, Ubu Roi, acte III, scène 3. Une maison de paysans dans les environs de Varsovie. Plusieurs paysans sont assemblés. UN PAYSAN, entrant : - Apprenez la grande nouvelle. Le roi est mort, les ducs aussi et le jeune Bougrelas s'est sauvé avec sa mère dans les montagnes. De plus, le Père Ubu s'est emparé du trône. UN AUTRE : - J'en sais bien d'autres. Je viens de Cracovie1, où j'ai vu emporter les corps de plus de...
A gauche, en entrant, on trouve non pas les bureaux de Saint Pierre comme on s'y attendrait, mais un corps de garde, devant lequel bavardent des personnages vêtus d'un uniforme délavé, intermédiaire entre celui des sergents de ville et celui des gardiens de square, d'un bleu d'outre-tombe. Ils sont armés d'un lourd révolver contre les chacals, les feux follets, les profanateurs, véritables gardiens de la paix. Ils échangent des ragots ténébreux. Ils sont également un...
Musset, Lorenzaccio, Acte I, scène 4. Une cour du palais du duc. Le duc Alexandre sur une terrasse ; des pages exercent des chevaux dans la cour. Entrent Valori et sire Maurice. LE DUC, à Valori : Votre Éminence a-t-elle reçu ce matin des nouvelles de la cour de Rome ? VALORI : Paul III envoie mille bénédictions à Votre Altesse et fait les vœux les plus ardents pour sa prospérité. LE DUC :...
Jean-Pierre Claris de FLORIAN (1755-1794) (Recueil : Fables) - Les deux voyageurs
Le compère Thomas et son ami Lubin
Allaient à pied tous deux à la ville prochaine.
Thomas trouve sur son chemin
Une bourse de louis pleine ;
Il l'empoche aussitôt. Lubin, d'un air content,
Lui dit : "Pour nous la bonne aubaine !
- Non, répond Thomas froidement,
Pour nous n'est pas bien dit ; pour...
Gérard de NERVAL (1808-1855) (Recueil : Odelettes) - Fantaisie
Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très-vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.
Or, chaque fois que je viens à l'entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :
C'est sous Louis treize; et je crois voir s'étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit,
...
Pierre de RONSARD (1524-1585) (Recueil : Les Elégies) - Contre les bucherons de la forest de Gastine
Elégie
Quiconque aura premier la main embesongnée
A te couper, forest, d'une dure congnée,
Qu'il puisse s'enferrer de son propre baston,
Et sente en l'estomac la faim d'Erisichton,
Qui coupa de Cerés le Chesne venerable
Et qui gourmand de tout, de tout insatiable,
Les bœufs et les moutons de sa mère esgorgea,
Puis pressé...
J'étais celui qui sait seulement être contre Celui qui sur le noir parie à tout moment Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre Que cette heure arrêtée au cadran de la montre Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant (5) Que serais-je sans toi que ce balbutiement Un bonhomme hagard* qui ferme sa fenêtre Le vieux cabot* qui parle des anciennes tournées L'escamoteur* qu'on fait à son tour disparaître Je vois parfois celui que je n'eus manqué...
Lamartine: La vigne et la maison Efface ce séjour, ô Dieu ! de ma paupière, Ou rends-le-moi semblable à celui d'autrefois, Quand la maison vibrait comme un grand coeur de pierre De tous ces coeurs joyeux qui battaient sous ses toits. À l'heure où la rosée au soleil s'évapore Tous ces volets fermés s'ouvraient à sa chaleur, Pour y laisser entrer, avec la tiède aurore, Les nocturnes parfums de nos vignes en fleur. On eût dit que ces murs respiraient comme un être Des pampres...
Pierre Perret, Lily, 1977. On la trouvait plutôt jolie Lily Elle arrivait des Somalies1 Lily Dans un bateau plein d'émigrés Qui venaient tous de leur plein gré Vider les poubelles à Paris Elle croyait qu'on était égaux Lily Au pays de Voltaire et d'Hugo Lily Mais pour Debussy2 en revanche II faut deux noires pour une blanche Ça fait un sacré distinguo Elle aimait tant la liberté Lily Elle rêvait de fraternité Lily Un hôtelier rue Secrétan Lui a précisé en arrivant Qu'on ne recevait que des Blancs Elle a déchargé...
Stéphane Mallarmé, Réponses à Jules Huret (Enquête sur l'évolution littéraire, 1891). - C'est vous, maître, demandai-je, qui avez créé le mouvement nouveau ? - J'abomine les écoles, dit-il, et tout ce qui y ressemble : je répugne à tout ce qui est professoral appliqué à la littérature qui, elle, au contraire, est tout à fait individuelle. Pour moi, le cas d'un poète, en cette société qui ne lui permet pas de vivre, c'est le cas d'un...
Pierre Corneille, « Stances à Marquise » (1658) Marquise, si mon visage A quelques traits un peu vieux, Souvenez-vous qu'à mon âge Vous ne vaudrez guère mieux. Le temps aux plus belles choses Se plaît à faire un affront : Il saura faner vos roses Comme il a ridé mon front. Le même cours des planètes Règle nos jours et nos nuits : On m'a vu ce que vous êtes Vous serez ce que je suis. Cependant j'ai quelques charmes Qui sont assez éclatants Pour n'avoir pas trop...
J.M.G. Le Clézio, Ariane (in La Ronde et autres faits divers, 1982). Au bord du fleuve sec, il y a la cité des HLM. C'est une véritable cité en elle-même, avec des dizaines d'immeubles, grandes falaises de béton gris debout sur les esplanades de goudron, dans tout le paysage de collines de pierres, de routes, de ponts, avec le lit de galets poussiéreux du fleuve, et l'usine de crémation qui laisse flotter son nuage âcre et...
Victor HUGO (1802-1885) (Recueil : L'art d'être grand-père) Fenêtres ouvertes Le matin - En dormant J'entends des voix. Lueurs à travers ma paupière. Une cloche est en branle à l'église Saint-Pierre. Cris des baigneurs. Plus près ! plus loin ! non, par ici ! Non, par là ! Les oiseaux gazouillent, Jeanne aussi. Georges l'appelle. Chant des coqs. Une truelle Racle un toit. Des chevaux passent dans la ruelle. Grincement d'une faux qui coupe le gazon. Chocs. Rumeurs. Des couvreurs marchent sur la maison. Bruits du...
Pierre de Marbeuff, « À Philis » Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage, Et la mer est amère et l'amour est amer, L'on s'abîme en amour aussi bien qu'en la mer, Car la mer et l'amour ne sont point sans orage. Celui qui craint les eaux, qu'il demeure au rivage, Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer, Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer, Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage. La mère de l'amour eut...
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