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Arthur Rimbaud, Lettre à Paul Demeny, dite « du voyant » (Charleville, 15 mai 1871). Trouver une langue; - Du reste, toute parole étant idée, le temps d'un langage universel viendra ! Il faut être académicien, - plus mort qu'un fossile, - pour parfaire un dictionnaire, de quelque langue que ce soit. Des faibles se mettraient à penser sur la première lettre de l'alphabet, qui pourraient vite...
Lesage, Gil Blas, « Au lecteur ». "Avant que d'entendre l'histoire de ma vie, écoute, ami lecteur, un conte que je vais te faire. Deux écoliers allaient ensemble de Peñafiel à Salamanque. Se sentant las et altérés, ils s'arrêtèrent au bord d'une fontaine qu'ils rencontrèrent sur leur chemin. Là, tandis qu'ils se délassaient après s'être désaltérés, ils aperçurent par hasard auprès d'eux, sur une pierre à fleur de terre, quelques mots déjà un peu effacés par le...
La mère fait du tricot Le fils fait la guerre Elle trouve ça tout naturel la mère Et le père qu'est-ce qu'il fait le père? Il fait des affaires Sa femme fait du tricot Son fils la guerre Lui des affaires II trouve ça tout naturel le père Et le fils et le fils Qu'est-ce qu'il trouve le fils? II ne trouve rien absolument rien le fils Le fils sa mère fait du tricot son père des affaires lui la guerre Quand il aura fini...
Paul Verlaine : Beams (Romances sans paroles, Aquarelles, 1874) Elle voulut aller sur les flots de la mer Et comme un vent bénin soufflait une embellie, Nous nous prêtâmes tous à sa belle folie, Et nous voilà marchant par le chemin amer. Le soleil luisait haut dans le ciel calme et lisse, Et dans ses cheveux blonds c'étaient des rayons d'or, Si bien que nous suivions son pas plus calme encor Que le déroulement des vagues, ô délice ! Des oiseaux blancs volaient alentour...
Jacques Prévert, "La Grasse Matinée", Paroles, 1945. Il est terrible le petit bruit de l'oeuf dur cassé sur un comptoir d'étain il est terrible ce bruit quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim elle est terrible aussi la tête de l'homme la tête de l'homme qui a faim quand il se regarde à six heures du matin dans la glace du grand magasin une tête couleur de poussière ce n'est pas sa tête pourtant qu'il regarde dans la vitrine de chez Potin1 il...
J. Giraudoux, Ondine, acte II, scène 9 LE CHAMBELLAN: Chevalière, vous sentez-vous la force d'écouter un moment les avis qui vous éviteront, dès cet après-midi, les impairs et les esclandres? ONDINE: Une heure! deux heures, si vous voulez! LE CHAMBELLAN: De les écouter sans m'interrompre? ONDINE: je vous le jure. Rien de plus facile... LE CHAMBELLAN: Chevalière, la Cour est un lieu sacré... ONDINE: Pardon! Une seconde! Elle va vers le poète qui se...
Voltaire, Zadig, CHAP. I. — Le borgne. Du temps du roi Moabdar, il y avait à Babylone un jeune homme nommé Zadig, né avec un beau naturel fortifié par l'éducation. Quoique riche et jeune, il savait modérer ses passions; il n'affectait rien; il ne voulait point toujours avoir raison, et savait respecter la faiblesse des hommes. On était étonné de voir qu'avec beaucoup d'esprit il n'insultât jamais par des railleries à ces propos si vagues, si...
Ionesco, Le Roi se meurt, dernière scène MARGUERITE Il perçoit encore les couleurs. Des souvenirs colorés. Ce n'est pas une nature auditive. Son imagination est purement visuelle... c'est un peintre... trop partisan de la monochronie.(Au roi) Renonce aussi à cet empire. Renonce aussi aux couleurs. Cela t'égare encore, cela te retarde. Tu ne peux plus t'attarder, tu ne peux plus t'arrêter, tu ne dois pas. (Elle s'écarte du Roi) Marche tout seul, n'aie pas peur. Vas-y. (Marguerite,...
Victor HUGO (1802-1885) (Recueil : Les châtiments) - France ! à l'heure où tu te prosternes
France ! à l'heure où tu te prosternes,
Le pied d'un tyran sur ton front,
La voix sortira des cavernes
Les enchaînés tressailleront.
Le banni, debout sur la grève,
Contemplant l'étoile et le flot,
Comme ceux qu'on entend en rêve,
Parlera dans l'ombre tout haut ;
Et ses paroles qui menacent,
Ses...
Paul VERLAINE (1844-1896) (Recueil : Romances sans paroles) - Beams
Elle voulut aller sur les bords de la mer,
Et comme un vent bénin soufflait une embellie,
Nous nous prêtâmes tous à sa belle folie,
Et nous voilà marchant par le chemin amer.
Le soleil luisait haut dans le ciel calme et lisse,
Et dans ses cheveux blonds c'étaient des rayons d'or,
Si bien que nous suivions son pas plus calme...
Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception. Si la parole présupposait la pensée, si parler c'était d'abord se joindre à l'objet par une intention de connaissance ou par une représentation, on ne comprendrait pas pourquoi la pensée tend vers l'expression comme vers son achèvement, pourquoi l'objet le plus familier nous paraît indéterminé tant que nous n'en avons pas retrouvé le nom, pourquoi le sujet pensant lui-même est dans une sorte d'ignorance de ses pensées tant qu'il ne les...
Musset, Lorenzaccio, Acte I, scène 4. Une cour du palais du duc. Le duc Alexandre sur une terrasse ; des pages exercent des chevaux dans la cour. Entrent Valori et sire Maurice. LE DUC, à Valori : Votre Éminence a-t-elle reçu ce matin des nouvelles de la cour de Rome ? VALORI : Paul III envoie mille bénédictions à Votre Altesse et fait les vœux les plus ardents pour sa prospérité. LE DUC :...
Voltaire, l'Ingénu, chapitre 10 - M. Gordon était un vieillard frais et serein... M. Gordon était un vieillard frais et serein, qui savait deux grandes choses: supporter l'adversité, et consoler les malheureux. Il s'avança d'un air ouvert et compatissant vers son compagnon, et lui dit en l'embrassant: Qui que vous soyez, qui venez partager mon tombeau, soyez sûr que je m'oublierai toujours moi?même pour adoucir vos tourments dans l'abîme infernal où nous sommes plongés. Adorons la...
Hugo, Hernani, acte V, scène 6. DONA SOL Non, non, je ne veux pas, mon amour, que tu meures ! Non ! je ne le veux pas. A don Ruy , Faites grâce aujourd'hui ! Je vous aimerai bien aussi, vous. DON RUY GOMEZ Après lui ! De ces restes d'amour, d'amitié, - moins encore, Croyez-vous apaiser la soif qui me dévore ? Montrant Hernani. Il est seul ! il est tout ! Mais moi, belle pitié ! Qu'est-ce que je peux faire avec votre amitié ? O...
A. Jarry : Ubu Roi, III, 2 (1896). [Poussé par sa femme, le père Ubu vient de prendre le pouvoir en Pologne, avec l'aide de Bordure, le capitaine des gardes. Après avoir juré de garder le secret, les conjurés sont passés à l'action au cours d'une parade militaire. Ubu a « coupé en deux comme des saucisses» le roi Venceslas et deux de ses fils. Le troisième, Bougrelas, qui était « privé de revues...
Victor Hugo : « Fonction du poète », Les Rayons et les Ombres (1840) Dieu le veut, dans les temps contraires, Chacun travaille et chacun sert. Malheur à qui dit à ses frères : Je retourne dans le désert ! Malheur à qui prend ses sandales Quand les haines et les scandales Tourmentent le peuple agité ! Honte au penseur qui se mutile Et s'en va, chanteur inutile, Par la porte de la cité ! Le poète en des jours impies1 Vient préparer des jours meilleurs. II est...
Arthur Rimbaud, Lettre à Paul Demeny, dite « du voyant » (Charleville, 15 mai 1871). Trouver une langue; — Du reste, toute parole étant idée, le temps d'un langage universel viendra ! Il faut être académicien, — plus mort qu'un fossile, — pour parfaire un dictionnaire, de quelque langue que ce soit. Des faibles se mettraient à penser sur la première lettre de l'alphabet, qui pourraient vite...
Hugo, Le Dernier jour d'un condamné (Incipit) Condamné à mort ! Voilà cinq semaines que j'habite avec cette pensée, toujours seul avec elle, toujours glacé de sa présence, toujours courbé sous son poids ! Autrefois, car il me semble qu'il y a plutôt des années que des semaines, j'étais un homme comme un autre homme. Chaque jour, chaque heure, chaque minute avait son idée. Mon esprit, jeune et riche, était plein de fantaisies. Il s'amusait à me les...
Abbé Prévost, Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut (1731) J'avais marqué le temps de mon départ d'Amiens. Hélas ! que ne le marquais-je un jour plus tôt ! J'aurais porté chez mon père toute mon innocence. La veille même de celui que je devais quitter cette ville, étant à me promener avec mon ami, qui s'appelait Tiberge, nous vîmes arriver le coche d'Arras, et nous le suivîmes jusqu'à l'hôtellerie où ces voitures descendent....
Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, Acte I, scène 1. Acte I Le théâtre représente une chambre à demi démeublée ; un grand fauteuil de malade est au milieu. Figaro, avec une toise, mesure le plancher. Suzanne attache à sa tête, devant une glace, le petit bouquet de fleurs d'orange, appelé chapeau de la mariée. Scène 1 Figaro, Suzanne FIGARO. Dix-neuf pieds sur vingt-six. SUZANNE. Tiens, Figaro, voilà mon petit chapeau ; le trouves-tu mieux ainsi ? FIGARO lui prend les mains. Sas...
William Shakespeare, Macbeth, acte V, scène 8. (La scène a lieu sur un champ de bataille) MACBETH: Pourquoi devrais-je faire comme ces sots de Romains Et mourir empalé sur mon propre glaive? Tant que je vois de ces gens, que je les pourfende! Les plaies leur vont mieux qu'à moi. Entre Macduff. MACDUFF: Retourne-toi, chien d'enfer! MACBETH:Parmi eux tous je t'avais évité. Retire-toi! Mon âme Est déjà trop gluante de ton sang. MACDUFF:Je n'ai rien à te dire. Ma parole, c'est mon épée, brute plus sanglante Qu'aucun mot...
Théophile de VIAU (1590-1626) - Élégie à une Dame
Si votre doux accueil n'eût consolé ma peine,
Mon âme languissait, je n'avais plus de veine,
Ma fureur était morte, et mes esprits couverts
D'une tristesse sombre avaient quitté les vers.
Ce métier est pénible, et notre sainte étude
Ne connaît que mépris, ne sent qu'ingratitude :
Qui de notre exercice aime le doux souci,
Il hait sa...
« Le Feu » - Poème de Paul Eluard De grandes cuillers de neige Ramassent nos pieds glacés Et d'une dure parole Nous heurtons l'hiver têtu Chaque arbre a sa place en l'air Chaque roc son poids sur terre Chaque ruisseau son eau vive Nous nous n'avons pas de feu....
Au Bois Dormant - Poème de Paul Valéry La princesse, dans un palais de rose pure, Sous les murmures, sous la mobile ombre dort, Et de corail ébauche une parole obscure Quand les oiseaux perdus mordent ses bagues d'or. Elle n'écoute ni les gouttes, dans leurs chutes, Tinter d'un siècle vide au lointain le trésor, Ni, sur la forêt vague, un vent fondu de flûtes Déchirer la rumeur d'une phrase de cor. Laisse, longue, l'écho rendormir la diane, Ô toujours plus égale à...
Baudelaire, « Correspondances » La Nature est un temple où de vivants piliers Laissent parfois sortir de confuses paroles ; L'homme y passe à travers des forêts de symboles Qui l'observent avec des regards familiers. Comme de longs échos qui de loin se confondent Dans une ténébreuse et profonde unité, Vaste comme la nuit et comme la clarté, Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants, Doux comme les hautbois, verts comme les prairies, -...
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