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Jacques Prévert, "La Grasse Matinée", Paroles, 1945. Il est terrible le petit bruit de l'oeuf dur cassé sur un comptoir d'étain il est terrible ce bruit quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim elle est terrible aussi la tête de l'homme la tête de l'homme qui a faim quand il se regarde à six heures du matin dans la glace du grand magasin une tête couleur de poussière ce n'est pas sa tête pourtant qu'il regarde dans la vitrine de chez Potin1 il...
A gauche, en entrant, on trouve non pas les bureaux de Saint Pierre comme on s'y attendrait, mais un corps de garde, devant lequel bavardent des personnages vêtus d'un uniforme délavé, intermédiaire entre celui des sergents de ville et celui des gardiens de square, d'un bleu d'outre-tombe. Ils sont armés d'un lourd révolver contre les chacals, les feux follets, les profanateurs, véritables gardiens de la paix. Ils échangent des ragots ténébreux. Ils sont également un...
Alfred de Vigny, Chatterton, Acte III, Scène 1, 1835. [Chatterton, jeune poète pauvre, vit chez un couple de grands bourgeois : John Bell et son épouse Kitty, dont il est amoureux. II cherche l'inspiration et expose le problème fondamental auquel tout écrivain est, selon lui, nécessairement confronté.] La chambre de Chatterton, sombre, petite, pauvre, sans feu; un lit misérable et en désordre. CHATTERTON. Il est assis sur le pied de son lit et écrit sur ses genoux. ...
Émile Zola, Au bonheur des dames Et Mouret regardait toujours son peuple de femmes, au milieu de ces flamboiements. Les ombres noires s'enlevaient avec vigueur sur les fonds pâles. De longs remous brisaient la cohue, la fièvre de cette journée de grande vente passait comme un vertige, roulant la houle désordonnée des têtes. On commençait à sortir, le saccage des étoffes jonchait les comptoirs, l'or sonnait dans les caisses; tandis que la clientèle, dépouillée, violée, s'en...
Vigny, Chatterton, 1835, Acte III, scène 1 CHATTERTON. Il est assis sur le pied de son lit et écrit sur ses genoux. — Il est certain qu'elle ne m'aime pas. — Et moi... je n'y veux plus penser. — Mes mains sont glacées, ma tête est brûlante. — Me voilà seul en face de mon travail. — Il ne s'agit plus de sourire et d'être bon ! de saluer et de serrer la main ! Toute...
Zola, Le Ventre de Paris (Description de la charcuterie et portrait de la propriétaire). La belle Lisa resta debout dans son comptoir, la tête un peu tournée du côté des Halles; et Florent la contemplait, muet, étonné de la trouver si belle. Il l'avait mal vue jusque-là, il ne savait pas regarder les femmes. Elle lui apparaissait au-dessus des viandes du comptoir. Devant elle, s'étalaient, dans des plats de porcelaine blanche, les saucissons d'Arles et de...
Zola, Le Ventre de Paris, excipit. Alors, Claude leur montra le poing. Il était exaspéré par cette fête du pavé et du ciel. Il injuriait les Gras, il disait que les Gras avaient vaincu. Autour de lui, il ne voyait plus que des Gras, s'arrondissant, crevant de santé, saluant un nouveau jour de belle digestion. Comme il s'arrêtait en face de la rue Pirouette, le spectacle qu'il eut à sa droite et à sa gauche lui...
Émile Zola, L'Assommoir, chapitre VIII. (Le roussin) "Comment ! tu vas chez ce roussin de Bourguignon ! cria Mes-Bottes, quant le zingueur lui eut parlé. Plus souvent qu'on me pince dans cette boîte ! Non, j'aimerais mieux tirer la langue jusqu'à l'année prochaine... Mais, mon vieux, tu ne resteras pas là trois jours, c'est moi qui te le dis ! - Vrai, une sale boîte ? demanda Coupeau inquiet. - Oh ! tout ce...
Honoré de Balzac, Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau Au milieu de ce point d'orgue qui, dans la grande symphonie du tapage parisien, se rencontre vers une heure du matin, la femme de monsieur César Birotteau, marchand parfumeur établi près de la place Vendôme, fut réveillée en sursaut par un épouvantable rêve. La parfumeuse s'était vue double, elle s'était apparu à elle-même en haillons, tournant d'une main sèche et ridée le...
Rostand, Cyrano de Bergerac CYRANO, fermant une seconde les yeux Attendez !... je choisis mes rimes... Là, j'y suis. Il fait ce qu'il dit, à mesure. Je jette avec grâce mon feutre, Je fais lentement l'abandon Du grand manteau qui me calfeutre, Et je tire mon espadon ; Elégant comme Céladon, Agile comme Scaramouche, Je vous préviens, cher Mirmydon, Qu'à la fin de l'envoi je touche ! Premiers engagements de fer. Vous auriez bien dû rester...
Portrait de Commis-Voyageur Le Commis-Voyageur, personnage inconnu dans l'antiquité, n'est-il pas une des plus curieuses figures créées, par les moeurs de l'époque actuelle ? N'est-il pas destiné, dans un certain ordre de choses, à marquer la grande transition qui, pour les observateurs, soude le temps des exploitations matérielles au temps des exploitations intellectuelles. Notre siècle reliera le règne de la force isolée, abondante en créations originales, au règne de la force uniforme, mais niveleuse, égalisant...
Eugène Sue, Les Mystères de Paris Maintenant quelques mots de l'ogresse et de ses hôtes. L'ogresse s'appelle la mère Ponisse ; sa triple profession consiste à loger, à tenir un cabaret, et à louer des vêtements aux misérables créatures qui pullulent dans ces rues immondes. L'ogresse a quarante ans environ. Elle est grande, robuste, corpulente, haute en couleur et quelque peu barbue. Sa voix rauque, virile, ses gros bras, ses larges mains, annoncent une force peu...
Zola, Au Bonheur des Dames (Chapitre 4) Lentement, la foule diminuait. Des volées de cloche, à une heure d'intervalle, avaient déjà sonné les deux premières tables du soir; la troisième allait être servie, et dans les rayons, peu à peu déserts, il ne restait que des clients attardées, à qui leur rage de dépenser faisait oublier l'heure. Du dehors ne venaient plus que des roulements des derniers fiacres, au milieu de la...
Zola, Au bonheur des dames. ...C'était, à l'encoignure de la rue de la Michodière et de la rue Neuve-Saint-Augustin, un magasin de nouveautés dont les étalages éclataient en notes vives, dans la douce et pâle journée d'octobre. Huit heures sonnaient à Saint-Roch, il n'y avait sur les trottoirs que le Paris matinal, les employés filant à leurs bureaux et les ménagères courant les boutiques. Devant la porte, deux commis, montés sur une échelle double, finissaient de...
Zola, L'Assommoir C'est la pause de midi, le cabaret est empli d'ouvriers. Trois d'entre eux - l'un est surnommé Mes-Bottes - accueillent Coupeau d'une façon tapageu se qui effraye Gervaise. "- Oh ! c'est vilain de boire! dit-elle à demi-voix. Et elle raconta qu'autrefois, avec sa mère, elle buvait de l'anisette, à Plassans. Mais elle avait failli en mourir un jour, et ça l'avait dégoûtée; elle ne pouvait plus voir les liqueurs. -Tenez, ajouta-t-elle...
Zola, L'Assommoir, chapitre 2. Oh ! c'est vilain de boire ! dit-elle à demi-voix. Et elle raconta qu'autrefois, avec sa mère, elle buvait de l'anisette, à Plassans. Mais elle avait failli en mourir un jour, et ça l'avait dégoûtée ; elle ne pouvait plus voir les liqueurs. - Tenez, ajouta-t-elle en montrant son verre, j'ai mangé ma prune ; seulement, je laisserai la sauce, parce que ça me ferait du mal. Coupeau, lui aussi, ne comprenait pas qu'on pût...
Annie Ernaux, La place, édition Gallimard, 1983 Il n'osait plus me raconter des histoires de son enfance. Je ne lui parlais plus de mes études. Sauf le latin, parce qu'il avait servi la messe, elles lui étaient incompréhensibles et il refusait de faire mine de s'y intéresser, à la différence de ma mère. Il se fâchait quand je me plaignais du travail ou critiquais les cours. Le mot « prof » lui déplaisait, ou « dirlo », même « bouquin...
Zola, L'Assommoir, chapitre VIII. Ainsi, vers les premiers jours de novembre, Coupeau tira une bordée qui finit d'une façon tout à fait sale pour lui et pour les autres. La veille, il avait trouvé de l'ouvrage. Lantier, cette fois-là, était plein de beaux sentiments ; il prêchait le travail, attendu que le travail ennoblit l'homme. Même, le matin, il se leva à la lampe, il voulut accompagner son ami au chantier, gravement, honorant en lui l'ouvrier...
Jorys-Karl HUYSMANS, À rebours, 1884. Décidément, il ne lui restait aucune rade, aucune berge. Qu'allait-il devenir dans ce Paris où il n'avait ni famille ni amis ? Aucun lien ne l'attachait plus à ce faubourg Saint-Germain qui chevrotait de vieillesse, s'écaillait en une poussière de désuétude, gisait dans une société nouvelle comme une écale décrépite et vide ! Et quel point de contact pouvait-il exister entre lui et cette classe bourgeoise qui avait peu à peu...
Philippe Delerm, La première gorgée de bière, « La bicyclette et le vélo » C'est le contraire du vélo, la bicyclette. Une silhouette profilée mauve fluo dévale à soixante-dix à l'heure : c'est du vélo. Deux lycéennes côte à côte traversent un pont à Bruges : c'est de la bicyclette. L'écart peut se réduire. Michel Audiard en knickers et chaussettes hautes au comptoir d'un bistro : c'est du vélo. Un adolescent en jeans descend de sa...
Petrus BOREL (1809-1859) (Recueil : Rhapsodies) - L'incendie du bazar
J'habite la montagne et j'aime à la vallée.
LE VICOMTE D'ARLINCOURT.
Ô toi, dont j'avais fait l'emplette
Pour danse au bois neige-noisette !
L'as-tu toujours, ma Jeanneton,
Ton jupon blanc, ton blanc jupon ?
Pour quelque muscadin, matière à comédie,
Ne va pas m'oublier dans ce coquet bazar,
Où...
Léon DIERX (1838-1912) (Recueil : Les lèvres closes) - Le remous
Tout se tait maintenant dans la ville. Les rues
Ne retentissent plus sous les lourds tombereaux.
Le gain du jour compté, victimes et bourreaux
S'endorment en rêvant aux richesses accrues ;
Plus de lampe qui luise à travers les carreaux.
Tous dorment en rêvant aux richesses lointaines.
On n'entend plus tinter le métal des comptoirs ;
Parfois, dans le silence,...
Max ELSKAMP (1862-1931) (Recueil : La chanson de la rue Saint-Paul) - Mais musique alors ...
Mais musique alors
De mots qui s'avère,
Parlers étrangers
Du sud et du nord,
Offices, bureaux
Et comptoirs ouverts
Où s'en vont pressés
Commis et clercs d'eau,
Rue qui dit sa vie
Toute de gens pleine,
Dans le vent qui rit,
Qui le suit son lot,
Musiques dans l'air
Max ELSKAMP (1862-1931) (Recueil : La chanson de la rue Saint-Paul) - Puis rue qui s'en va ...
Puis rue qui s'en va
Chercher les bassins,
Bouges, galetas,
Où vont les marins,
Maisons à rideaux
Baissés mais qui bougent,
Filtrant un jour clos
De lumière rouge,
C'est filles anglaises
Occupées à boire,
Vêtant pour aimer
Des maillots de moire,
Dans le jour qui pèse
Dehors...
Alfred de MUSSET (1810-1857) (Recueil : Poésies nouvelles) - Mimi Pinson
Chanson
Mimi Pinson est une blonde,
Une blonde que l'on connaît.
Elle n'a qu'une robe au monde,
Landerirette !
Et qu'un bonnet.
Le Grand Turc en a davantage.
Dieu voulut de cette façon
La rendre sage.
On ne peut pas la mettre en gage,
La robe de Mimi Pinson.
Mimi Pinson porte une rose,
Une rose blanche...
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