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A. Bertrand est issu d'une famille pauvre et est mort dans la misère, méconnu. Sa seule consolation était d'écrire. Il a essayé d'entrer dans les salons parisiens mais il n'a pas été accepté à cause de sa pauvreté. C'est l'inventeur du poème en prose, repris par Baudelaire. Il est mort en 1841, son oeuvre écrite en 1830 est publiée en 1842. Le recueil "Gaspard" (autre nom donné à Satan), ainsi que le présence de personnages curieux...
Aloysius Bertrand, "La ronde sous la cloche", Gaspard de la nuit. C'était un bâtiment lourd, presque carré, entouré de ruines, et dont la tour principale, qui possédait encore son horloge, dominait tout le quartier. Fenimore Cooper Douze magiciens dansaient une ronde sous la grosse cloche de Saint-Jean1. Ils évoquèrent l'orage l'un après l'autre, et du fond de mon lit je comptai avec épouvante douze voix qui traversèrent processionnellement2 les ténèbres. Aussitôt la lune courut se...
LES DOIGTS DE LA MAIN - ALOYSIUS BERTRAND Le pouce est ce gras cabaretier flamand, d'humeur goguenarde et grivoise, qui fume sur sa porte, à l'enseigne de la double bière de mars. L'index est sa femme, virago sèche comme une merluche, qui dès le matin soufflette sa servante dont elle est jalouse, et caresse la bouteille dont elle est amoureuse. Le doigt du milieu est leur fils, compagnon dégrossi à la hache, qui serait soldat s'il n'était brasseur,...
Aloysius Bertrand « Ondine »in Gaspard de la nuit Ondine- " Ecoute ! - Ecoute ! - C'est moi, c'est Ondine qui frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ; et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi. " Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est...
Alexandre Dumas, Le grand dictionnaire de cuisine. « Le Poivre » Ainsi que nous l'avons déjà dit dans notre préface, le poivre a toujours été la plus répandue des épiceries connues et la plus employée en cuisine. Le poivre a été longtemps l'objet d'un très grand luxe, et une livre de poivre était un présent considérableà faire à une personne; on apporte que lorsque Clotaire III fonda le monastère de Corbie, parmi les différentes denrées qu'il assujettit...
Victor Hugo, Les Contemplations, extrait d' « À propos d'Horace ». [...]J'étais alors en proie à la mathématique. Temps sombre ! Enfant ému du frisson poétique, Pauvre oiseau qui heurtais du crâne mes barreaux, On me livrait tout vif aux chiffres, noirs bourreaux ; On me faisait de force ingurgiter l'algèbre ; On me liait au fond d'un Boisbertrand funèbre ; On me tordait, depuis les ailes jusqu'au bec, Sur l'affreux chevalet des X et des Y ; Hélas ! on me fourrait sous...
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - Ondine
- " Ecoute ! - Ecoute ! - C'est moi, c'est Ondine qui
frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta
fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ;
et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui
contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau
lac endormi.
"...
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - Octobre
Les petits savoyards sont de retour, et déjà leur cri
interroge l'écho sonore du quartier ; comme les hiron-
delles suivent le printemps, ils précèdent l'hiver.
Octobre, le courrier de l'hiver, heurte à la porte de
nos demeures. Une pluie intermittente inonde la vitre
offusquée, et le vent jonche des feuilles mortes du
platane le perron...
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - Ma chaumière
Ma chaumière aurait, l'été, la feuillée des bois pour
parasol, et l'automne, pour jardin, au bord de la fenêtre,
quelque mousse qui enchâsse les perles de la pluie, et
quelque giroflée qui fleure l'amande.
Mais l'hiver, - quel plaisir, quand le matin aurait secoué
ses bouquets de givre sur mes vitres gelées, d'apercevoir
bien loin,...
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - Les deux anges
- " Planons, lui disais-je, sur les bois que parfument
les roses ; jouons-nous dans la lumière et l'azur des
cieux, oiseaux de l'air, et accompagnons le printemps
voyageur. "
La mort me la ravit échevelée et livrée au sommeil d'un
évanouissement, tandis que, retombé dans la vie, je
tendais en vain les bras...
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - Les gueux de nuit
- Ohé ! rangez-vous qu'on se chauffe ! - Il ne te manque
plus que d'enfourcher le foyer ! Ce drôle a les jambes
comme des pincettes.
- Une heure ! - Il bise dru ! - Savez-vous, mes chats-
huants, ce qui a fait la lune si claire ? - Non ! - Les...
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - Les cinq doigts de la main
Le pouce est ce gras cabaretier flamand, d'humeur
goguenarde et grivoise, qui fume sur sa porte, à
l'enseigne de la double bière de mars.
L'index est sa femme, virago sèche comme une merluche,
qui, dès le matin, soufflette sa servante dont elle est
jalouse, et caresse la bouteille dont elle est amoureuse.
...
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - La Tour de Nesle
- " Valet de trèfle ! " - " Dame de pique ! de gagne ! " -
Et le soudard qui perdait envoya d'un coup de poing sur
la table son enjeu au plancher.
Mais alors messire Hugues, le prévôt, cracha dans le bra-
sier de fer avec la grimace d'un cagou qui a...
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - La viole de Gamba
Le maître de chapelle eut à peine interrogé de l'ar-
chetla viole bourdonnante, qu'elle lui répondit par un
gargouillement burlesque de lazzi et de roulades,
comme si elle eût eu au ventre une indigestion de
Comédie Italienne.
C'était d'abord la duègne Barbara qui grondait cet
imbécile de Pierrot d'avoir, le maladroit, laissé
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - Le bibliophile
Ce n'était pas quelque tableau de l'école flamande, un
David-Téniers, un Breughel d'Enfer, enfumé à n'y pas
voir le diable.
C'était un manuscrit rongé des rats par les bords, d'une
écriture toute enchevêtrée, et d'une encre bleue et rouge.
- " Je soupçonne l'auteur, dit le Bibliophile, d'avoir
écu vers la fin...
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - Le clair de lune
Oh ! qu'il est doux, quand l'heure tremble au clocher,
la nuit, de regarder la lune qui a le nez fait comme
un carolus d'or !
Deux ladres se lamentaient sous ma fenêtre, un chien
hurlait dans le carrefour, et le grillon de mon foyer
vaticinait tout bas.
Mais bientôt...
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - Le fou
La lune peignait ses cheveux avec un démêloir d'ébène
qui argentait d'une pluie de vers luisants les collines,
les prés et les bois.
Scarbo, gnome dont les trésors foisonnent, vannait sur
mon toit, au cri de la girouette, ducats et florins qui
sautaient en cadence, les pièces fausses jonchant la rue.
Comme...
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - Le soir sur l'eau
La noire gondole se glissait le long des palais de marbre,
comme un bravo qui court à quelque aventure de nuit, un
stylet et une lanterne sous sa cape.
Un cavalier et une dame y causaient d'amour : - " Les
orangers si parfumés, et vous si indifférente ! Ah !
signora, vous...
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - La salamandre
- " Grillon, mon ami, es-tu mort, que tu demeures sourd
au bruit de mon sifflet, et aveugle à la lueur de
l'incendie ? "
Et le grillon, quelque affectueuses que fussent les
paroles de la salamandre, ne répondait point, soit qu'il
dormît d'un magique sommeil, ou bien soit qu'il eût
fantaisie de bouder.
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - La ronde sous la cloche
Douze magiciens dansaient une ronde sous la grosse cloche
de Saint-Jean. Ils évoquèrent l'orage l'un après l'autre,
et du fond de mon lit je comptai avec épouvante douze
voix qui traversèrent processionnellement les ténèbres.
Aussitôt la lune courut se cacher derrière les nuées,
et une pluie mêlée d'éclairs et de tourbillons fouetta
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - L'écolier de Leyde
Il s'assied dans son fauteuil de velours d'Utrecht,
messire Blasius, le menton dans sa fraise de fine
dentelle, comme une volaille qu'un cuisinier s'est
rôtie sur une faïence.
Il s'assied devant sa banque pour compter la monnaie
d'un demi-florin ; moi, pauvre écolier de Leyde, qui
ai un bonnet et une culotte percés,...
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - L'alchimiste
Rien encore ! - Et vainement ai-je feuilleté pendant
trois jours et trois nuits, aux blafardes lueurs
de la lampe, les livres hermétiques de Raymond-Lulle !
Non rien, si ce n'est avec le sifflement de la cornue
étincelante, les rires moqueurs d'un salamandre qui se
fait un jeu de troubler mes méditations.
Tantôt il...
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - Jean des Tilles
- " Ma bague ! ma bague ! " - Et le cri de la lavandière
effraya dans la souche d'un saule un rat qui filait sa
quenouille.
Encore un tour de Jean des Tilles, l'ondin malicieux et
espiègle qui ruisselle, se plaint et rit sous les coups
redoublés du battoir !
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - A M. David, statuaire
Non, Dieu, éclair qui flamboie dans le triangle symbolique,
n'est point le chiffre tracé sur les lèvres de la sagesse
humaine !
Non, l'amour, sentiment naïf et chaste qui se voile de
pudeur et de fierté au sanctuaire du coeur, n'est point
cette tendresse cavalière qui répand les larmes de la
coquetterie par...
Aloysius BERTRAND (1807-1841) (Recueil : Gaspard de la nuit) - A M. Victor Hugo
Le livre mignard de tes vers, dans cent ans comme
aujourd'hui, sera le bien choyé des châtelaines, des
damoiseaux et des ménestrels, florilège de chevalerie,
Décaméron d'amour qui charmera les nobles oisivetés
des manoirs.
Mais le petit livre que je te dédie, aura subi le sort
de tout ce qui meurt, après avoir,...
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