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René-Guy Cadou : « Ah ! Je ne suis pas métaphysique, moi., extrait de Hélène ou le Règne végétal

AH JE NE SUIS PAS MÉTAPHYSIQUE, MOI Ah je ne suis pas métaphysique, moi Je n'ai pas l'habitude de plonger les doigts Dans les bocaux de l'éternité mauve et sale Comme un bistrot de petite ville provinciale Et que m'importe qu'en les siècles l'on dispose De mon âme comme d'une petite chose Sans importance ainsi qu'au plus chaud de l'été Dans la poussière le corset d'un scarabée Je prodigue à plaisir et même quand je dors Il y a cette flamme en moi qui donne tort A tout ce qui n'est pas cette montée sévère Vers l'admirable accidenté visage de la terre Je plonge dans ma vie une main de chiendent Et c'est trop de bonheur lorsque de temps en temps L'heure venue d'agir j'en tire la semence Qui d'année en année prolonge ma patience Ah tu verrais faner les ciels et les chevaux 0 mon coeur sans que rien ne te semblât nouveau Même dût-on mourir dans le frais de son âge Rien que d'avoir posé son front sur un corsage Et fût-il d'une mère on a bien mérité De croire dans la vie plus qu'en l'éternité.
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Guy de Maupassant : « La nuit. Cauchemar », extrait de Scènes de la vie parisienne

Je criai. Personne ne me répondit. J'appelai plus fort. Ma voix s'envola, sans écho, faible, étouffée, écrasée par la nuit, par cette nuit impénétrable. Je hurlai : « Au secours! au secours! au secours! » Mon appel désespéré resta sans réponse. Quelle heure était-il donc? Je tirai ma montre, mais je n'avais point d'allumettes. J'écoutai le tic-tac léger de la petite mécanique avec une joie inconnue et bizarre. Elle semblait vivre. J'étais moins seul. Quel mystère ! Je me remis en marche comme un aveugle, en tâtant les murs de ma canne, et je levais à tout moment les yeux vers le ciel, espérant que le jour allait enfin paraître; mais l'espace était noir, tout noir, plus profondément noir que la ville. Quelle heure pouvait-il être? Je marchais, me semblait-il, depuis un temps infini, car mes jambes fléchissaient sous moi, ma poitrine haletait, et je souffrais de la faim horriblement... Et tout à coup, je m'aperçus que j'arrivais aux Halles. Les Halles étaient désertes, sans bruit, sans un mouvement, sans une voiture, sans un homme, sans une botte de légumes ou de fleurs. Elles étaient vides, immobiles, abandonnées, mortes ! Une épouvante me saisit, horrible. Que se passait-il? Oh! mon Dieu! que se passait-il? Je repartis. Mais l'heure? qui me dirait l'heure? Aucune horloge ne sonnait dans les clochers ou dans les monuments. Je pensai : « Je vais ouvrir le verre de ma montre et tâter l'aiguille avec mes doigts. » Je tirai ma montre... elle ne battait plus... elle était arrêtée. Plus rien, plus rien, plus un frisson dans la ville, pas une lueur, pas un frôlement de son dans l'air. Rien ! plus rien! plus même le roulement lointain du fiacre, plus rien! J'étais aux quais, et une fraîcheur glaciale montait de la rivière. La Seine coulait-elle encore? Je voulus savoir, je trouvai l'escalier, je descendis... Je n'entendais pas le courant bouillonner sous les arches du pont... Des marches encore... puis du sable... de la vase... puis de l'eau... j'y trempai mon bras... elle coulait... froide... froide... froide... presque gelée... presque tarie... presque morte. Et je sentais bien que je n'aurais plus jamais la force de remonter... et que j'allais mourir là... moi aussi, de faim - de fatigue - et de froid.
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Boule de Suif de Guy de Maupassant


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Bel-Ami de Guy de Maupassant


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Le Horla de Guy de Maupassant


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René-Guy CADOU (1920-1951), Hélène ou le règne végétal, 1945.

René-Guy CADOU (1920-1951), Hélène ou le règne végétal, 1945. Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires Dans les années de sécheresse quand le blé Ne monte pas plus haut qu'une oreille dans l'herbe Qui écoute apeurée la grande voix du temps Je t'attendais et tous les quais toutes les routes Ont retenti du pas brûlant qui s'en allait Vers toi que je portais déjà sur mes épaules Comme une douce pluie qui ne sèche jamais Tu ne remuais encore que par quelques paupières Quelques pattes d'oiseaux dans les vitres gelées Je ne voyais en toi que cette solitude Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou Et pourtant c'était toi dans le clair de ma vie Ce grand tapage matinal qui m'éveillait Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays Ces astres ces millions d'astres qui se levaient Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres Pétillaient dans le soir ainsi qu'un vin nouveau Quand les portes s'ouvraient sur des villes légères Où nous allions tous deux enlacés par les rues.
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René-Guy CADOU

La nuit ! La nuit surtout je ne rêve pas je vois J'entends je marche au bord du trou J'entends gronder Ce sont les pierres qui se détachent des années La nuit nul ne prend garde C'est tout un pan de l'avenir qui se lézarde Et rien ne vivra plus en moi Comme un moulin qui tourne à vide L'éternité De grandes belles filles qui ne sont pas nées Se donneront pour rien dans les bois Des hommes que je ne connaîtrai jamais Battront les cartes sous la lampe un soir de gel Qu'est-ce que j'aurai gagné à être éternel? Les lunes et les siècles passeront Un million d'années ce n'est rien Mais ne plus avoir ce tremblement de la main Qui se dispose à cueillir des oeufs dans la haie Plus d'envie plus d'orgueil tout l'être satisfait Et toujours la même heure imbécile à la montre Plus de départs à jeun pour d'obscures rencontres Je me dresse comme un ressort tout neuf dans mon lit Je suis debout dans la nuit noire et je m'agrippe A des lampions à des fantômes pas solides Où la lucarne ? Je veux fuir ! Où l'écoutille ? Et je m'attache à cette étoile qui scintille Comme un silex en pointe dans le flanc Ivrogne de la vie qui conjugue au présent Le liseron du jour et le fer de la grille René-Guy CADOU
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Charles Péguy

Charles Péguy Je ne fermerai point ce cahier* sans dire un mot au parti des hommes de quarante ans (mais tout à fait entre nous). Il est certain que les jeunes gens ont fait beaucoup de manifestations surtout depuis sept ou huit semaines. Et même depuis trois ou quatre mois. Et j'entends dire un peu partout autour de moi : ces jeunes gens font bien du bruit. Ces gamins de quinze ans, dit-on encore. Mes enfants, mes enfants, il faut nous habituer à ce qu'il y ait des gamins de quinze ans et même au-dessous. Tout ce que l'on peut dire c'est qu'il n'y en a pas assez. Un gamin a le droit de parler, pourvu qu'il ait l'âge de Viala, et de faire un hussard de la République. Et nous savons très bien qu'à quinze ans nous savions que nous étions des hommes. * L'argent. Gallimard, Blanche
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Guy de MAUPASSANT, La Maison Tellier, 1881, « Sur l'eau ».

Guy de MAUPASSANT, La Maison Tellier, 1881, « Sur l'eau ». Cependant, la rivière s'était peu à peu couverte d'un brouillard blanc très épais qui rampait sur l'eau fort bas, de sorte que, en me dressant debout, je ne voyais plus le fleuve, ni mes pieds, ni mon bateau, mais j'apercevais seulement les pointes des roseaux, puis, plus loin, la plaine toute pale de la lumière de la lune, avec de grandes taches noires qui montait dans le ciel, formées par de groupes de peupliers d'Italie. J'étais comme enseveli jusqu'à la ceinture dans une nappe de coton d'une blancheur singulière, et il me venait des imaginations fantastiques. Je me figurais qu'on essayait de monter dans ma barque que je ne pouvais plus distinguer, et que la rivière, cachée par ce brouillard opaque, devait etre pleine d'etres étranges qui nageaient autour de moi. J'éprouvais un malaise horrible, j'avais les tempes serrées, mon coeur battait à m'étouffer et, perdant la tete, je pensai à me sauver à la nage; puis aussitot cette idée me fit frissonner d'épouvante. Je me vis perdu, allant à l'aventure dans cette brume épaisse, me débattant au milieu des herbes et des roseaux que je ne pourrais éviter, ralant de peur, ne voyant pas la berge, ne retrouvant plus mon bateau, et il me semblait que je me sentirais tiré par les pieds au fond de cette eau noire.
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Guy Goffette, Solo d'ombres (1983), « Maintenant c'est le noir »

Guy Goffette, Solo d'ombres (1983), « Maintenant c'est le noir » Maintenant c'est le noir Les mots c'était hier dans le front de la pluie à la risée des écoliers qui traversent l'automne et la littérature comme l'enfer et le paradis des marelles Tu prêchais la conversion pénible des mesures agraires à des souliers vernis des sabreuses de douze ans qui pincent le nez des rues et giflent la pudeur des campagnes étroites Tu prêchais dans les flammes du bouleau du tilleul à des glaciers qui n'ont pas vu la mer encore et qui la veulent tout de suite et qui la veulent maintenant Maintenant c'est le noir tu changes un livre de place comme s'il allait dépendre de ce geste risible en soi que le chanthyperbole de la poésie -› ''maintenant c'est le noir'' -› impuissance créatrice, d'où l'hésitation entre poésie et prose te revienne et détourne enfin avec la poigne de la nuit le cours forcé de ta biographie
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Romain Gary : La Promesse de l'aube (1960).

Romain Gary : La Promesse de l'aube (1960). [La mère du narrateur vient rendre visite à son fils, Romain, alors instructeur à l'Ecole de l'Air de Salon-de-Provence. Cet épisode se déroule au début de la Seconde Guerre Mondiale : les forces militaires viennent d ‘être mobilisées.] Je l'ai vue descendre du taxi, devant la cantine, la canne à la main, une gauloise aux lèvres et, sous le regard goguenard des troufions1 elle m'ouvrit ses bras d'un geste théâtral, attendant que son fils s'y jetât, selon la meilleure tradition. J'allai vers elle avec désinvolture, roulant un peu les épaules, la casquette sur l'oeil, les mains dans les poches de cette veste de cuir qui avait tant fait pour le recrutement de jeunes gens dans l'aviation, irrité et embarrassé par cette irruption inadmissible d'une mère dans l'univers viril où je jouissais d'une réputation péniblement acquise de « dur », de « vrai » et de « tatoué ». Je l'embrassai avec toute la froideur amusée dont j'étais capable et tentai en vain de manoeuvrer habilement derrière le taxi, afin de la dérober aux regards, mais elle fit simplement un pas en arrière, pour mieux m'admirer et, le visage radieux, les yeux émerveillés, une main sur le coeur, aspirant bruyamment l'air par le nez, ce qui était toujours, chez elle, un signe d'intense satisfaction, elle s'exclama, d'une voix que tout le monde entendit, et avec un fort accent russe2 : - Guynemer3 ! Tu seras un second Guynemer ! Tu verras, ta mère a toujours raison ! Je sentis le sang me brûler la figure, j'entendis les rires derrière mon dos, et, déjà, avec un geste menaçant de la canne vers la soldatesque hilare4 étalée devant le café, elle proclamait, sur le mode inspiré : - Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele d'Annunzio5, Ambassadeur de France — tous ces voyous ne savent pas qui tu es ! Je crois que jamais un fils n'a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là. Mais, alors que j'essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu'elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l'Armée de l'Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j'entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports: - Alors, tu as honte de ta vieille mère? D'un seul coup, les oripeaux6 de fausse virilité, de vanité, de dureté, dont je m'étais si laborieusement paré, tombèrent à mes pieds. J'entourai ses épaules de mon bras. [...] Je n'entendais plus les rires, je ne voyais plus les regards moqueurs, j'entourais ses épaules de mon bras et je pensais à toutes les batailles que j'allais livrer pour elle, à la promesse que je m'étais faite, à l'aube de ma vie, de lui rendre justice, de donner un sens à son sacrifice et de revenir un jour à la maison, après avoir disputé victorieusement la possession du monde à ceux dont j'avais si bien appris à connaître, dès mes premiers pas, la puissance et la cruauté. 1. Regard moqueur des jeunes soldats. 2. Romain Gary est né en Russie. 3. Célèbre aviateur français, héros de la Première Guerre Mondiale. 4. L'ensemble des soldats en train de rire. 5. Ecrivain italien (1863-1938). 6. Apparence illusoire.
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Guy Goffette : Prière pour aller au paradis avec Jammes (Le Pêcheur d'eau, 1995).

Guy Goffette : Prière pour aller au paradis avec Jammes (Le Pêcheur d'eau, 1995). [Guy Goffette est né en 1947 dans la Lorraine belge]. N'importe si Dieu a de la barbe qui grésille comme du vieux tabac de sacristie (c'est un peu cette odeur-là de suif ou de saindoux brûlé qui tient le fond de la mémoire et qui l'empêche de sombrer tout à fait dans les dorures et dans l'oubli) ou s'il est glabre1, s'il fleure le savon de Marseille ou d'Anvers - j'invente naturellement mais est-ce qu'on sait ? On est devenu si savant aujourd'hui de tous côtés qu'il n'y a plus moyen de penser librement de travers comme un nuage en passant qui oublie de pleuvoir et attrape un zéro dans son bulletin de météorologie - n'importe donc si le bon Dieu a des bajoues et du ventre, s'il a soif et se pâme devant un ballon2 de rouge au goût de myosotis et d'orties, ou s'il n'est qu'un bond de la lumière entre les galaxies (s'il y a des lapins là-haut et s'ils sont bleus dans ta bruyère qu'on entend parfois trembler la nuit quand les poules du Père Fouettard sont couchées, qui le sait, dites, qui ?) du moins ne porte-t-il pas un autre étendard que celui du vent frais. La Légion d'honneur, il s'en balance bien, et Francis dont l'Académie3 n'a pas voulu a fait de même, lissant sa barbe de sacristain - les clochettes, il y en a partout dans les prairies, qui tintent en ce moment, ça suffit aux bêtes pour que le ciel les reconnaisse et leur ouvre une porte qui n'est dérobée qu'aux yeux. Jammes, s'il a mis dans son vin un peu trop d'eau de Lourdes4, c'est que la vie est un rude chemin pour qui marche dans son ombre comme dans un livre de botanique et n'a d'autre fortune que des noms fleuris qui n'ont pas cours en bourse et pas d'entrée chez les fleuristes des capitales et des rois. Ô Jammes, elle était donc si profonde la plaie ouverte en ton coeur un soir d'été plein d'abeilles par la tant belle nue5 quand elle partit avec un monsieur qui est en résidence à Suez qu'il ait fallu toute l'eau du Gave et le baptiste6 Claudel7, et Gide7 en acolyte, rien de moins, pour encalminer8 l'amer en son île, ô vieux Christophe Colomb aux prises avec le feu d'Orthez, et réparer le trou du coeur avec des feuilles comme la haie des poules après la percée du renard d'or. C'est un peu grâce à lui du reste, comme s'il avait laissé une griffe dans ta chaussure, que ton vers continue de boiter sur les chemins du ciel. À présent, Jammes, qu'au carrefour du paradis, tu règles la circulation - Priorité aux jeunes filles pâles et nues, aux ânes qui sourient ! ferme les yeux, je t'en prie, sur le malotru qui roule à gauche et prend des chemins de traverse pour dire cette vie à vau-l'eau qui le dépasse de tous côtés comme un champ par l'orage en plein midi, et le ciel est au bas du talus, et sa foi d'enfant, ce grand jeu d'images tressautantes que grand-père lui détaillait. Ferme les yeux, Jammes, pour qu'au jour dit la route me soit ouverte, que le gosse d'hier debout sur son vélo, ayant repris mon vieux fonds de commerce, triomphe enfin du doute, du mal amour et de l'oubli. Ô Seigneur qui dormez entre la camomille et le sainfoin, laissez-moi donc dans votre attente croire au paradis des ânes, et qu'il me sera donné à moi aussi, par un jour de pluie bleue, de braire tout doucement sur la grimpette étroite qui borde les nuages et qui mène tout droit entre les bras du vieux poète délicieux. 1. Glabre : sans barbe. 2. Un ballon : un verre. 3. L'Académie : il s'agit de l'Académie française. 4. L'eau de Lourdes : l'eau bénite de la grotte des apparitions, au bord du Gave, le torrent qui passe à Lourdes. 5. "La tant belle nue" : alors que le poète vivait un amour partagé, les parents de la jeune fille s'opposent au mariage et lui font épouser un homme riche. La crise vécue alors par Jammes débouchera sur sa conversion au catholicisme. 6. Le baptiste : qui baptise ou donne le baptême chrétien. 7. Écrivains français contemporains de Francis Jammes. Claudel était un fervent catholique. 8. Encalminer : Terme de marine. Immobiliser par manque de vent.
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Guy de Maupassant - Bel-Ami (1885)

Guy de Maupassant - Bel-Ami (1885) L'encens répandait une odeur fine de benjoin, et sur l'autel le sacrifice divin s'accomplissait, l'Homme-Dieu, à l'appel de son prêtre, descendait sur la terre pour consacrer le triomphe du baron Georges Du Roy. Bel-Ami, à genoux à côté de Suzanne, avait baissé le front. Il se sentait en ce moment presque croyant, presque religieux, plein de reconnaissance pour la divinité qui l'avait ainsi favorisé, qui le traitait avec ces égards. Et sans savoir au juste à qui il s'adressait, il la remerciait de son succès. Lorsque l'office fut terminé, il se redressa, et, donnant le bras à sa femme, il passa dans la sacristie. Alors commença l'interminable défilé des assistants. Georges affolé de joie, se croyait un roi qu'un peuple venait acclamer. Il serrait des mains, balbutiait des mots qui ne signifiaient rien, saluait, répondait aux compliments: "Vous êtes bien aimable." Soudain il aperçut Mme de Marelle; et le souvenir de tous les baisers qu'il lui avait donnés, qu'elle lui avait rendus, le souvenir de toutes leurs caresses, de ses gentillesses, du son de sa voix, du goût de ses lèvres, lui fit passer dans le sang le désir brusque de la reprendre. Elle était jolie, élégante, avec un air gamin et ses yeux vifs. Georges pensait: "Quelle charmante maîtresse, tout de même." Elle s'approcha un peu timide, un peu inquiète, et lui tendit la main. Il la reçut dans la sienne et la garda. Alors il sentit l'appel discret de ces doigts de femme, la douce pression qui pardonne et reprend. Et lui-même il la serrait, cette petite main, comme pour dire: "Je t'aime toujours, je suis à toi !" Leurs yeux se rencontrèrent, souriants, brillants, pleins d'amour. Elle murmura de sa voix gracieuse : - A bientôt, monsieur. Il répondit gaiement : "A bientôt, madame." Et elle s'éloigna. D'autres personnes se poussaient. La foule coulait devant lui comme un fleuve. Enfin elle s'éclaircit. Les derniers assistants partirent. Georges reprit le bras de Suzanne pour retraverser l'église. Elle était pleine de monde, car chacun avait regagné sa place afin de les voir passer ensemble. Il allait lentement, d'un pas calme, la tête haute, les yeux fixés sur la grande baie ensoleillée de la porte. Il sentait sur sa peau courir de longs frissons, ces frissons froids que donnent les immenses bonheurs. Il ne voyait personne, il ne pensait qu'à lui. Lorsqu'il parvint sur le seuil, il aperçut la foule amassée, une foule noire, bruissante, venue là pour lui, pour lui Georges Du Roy. Le peuple de Paris le contemplait et l'enviait. Puis, relevant les yeux, il découvrit là-bas, derrière la place de la Concorde, la Chambre des députés. Et il lui sembla qu'il allait faire un bond du portique de la Madeleine au portique du Palais-Bourbon. Il descendit avec lenteur les marches du haut perron entre deux haies de spectateurs. Mais il ne les voyait point; sa pensée maintenant revenait en arrière, et devant ses yeux éblouis par l'éclatant soleil flottait l'image de Mme de Marelle rajustant en face de la glace les petits cheveux frisés de ses tempes, toujours défaits au sortir du lit.
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Jerome K. Jerome, Trois hommes dans un bateau.

Jerome K. Jerome, Trois hommes dans un bateau. Je me souviens d'être allé un jour au British Museum pour m'y documenter sur un traitement susceptible de mettre fin à une légère indisposition qui m'incommodait quelque peu – c'était, je crois, un rhume des foins. Je me procurai à la bibliothèque le livre qui pouvait me renseigner et j'y lus ce que j'étais venu lire. Puis, dans un moment d'étourderie, je me mis à tourner machinalement les pages du volume et à m'intéresser, en toute insouciance, aux maladies en général. Je n'ai pas retenu le nom de l'affection qui attira tout d'abord mon regard – je sais seulement qu'il s'agissait d'un fléau redoutable et dévastateur – mais à peine avais-je parcouru la moitié de la liste des "premiers symptômes" qu'une certitude s'imposa : j'étais, de toute évidence, atteint de ce mal. Je restai immobile un instant, glacé d'horreur ; puis, avec la résignation du désespoir, je continuai de tourner les pages. J'arrivai à l'article consacré à la fièvre typhoïde, j'en lus les symptômes, et je m'aperçus alors que j'avais aussi la fièvre typhoïde ; sans doute même l'avais-je eue pendant des mois sans m'en rendre compte. Je me demandai de quel autre mal je pouvais bien souffrir ; la page que je lus ensuite concernait la danse de Saint-Guy – comme je m'y attendais, je l'avais également contractée. Mon cas devenait intéressant et je décidai de l'étudier à fond en procédant par ordre alphabétique. Je commençai par la fièvre aphteuse ; je découvris qu'elle était chez moi au stade de l'incubation et qu'il faudrait encore deux semaines pour qu'elle atteigne sa phase aiguë. Je souffrais également du mal de Bright, mais je constatai avec soulagement qu'il s'agissait en l'occurrence d'une forme atténuée qui ne risquait pas de menacer ma vie dans les années à venir. En revanche, le choléra dont j'étais atteint présentait de sérieuses complications ; quant à la diphtérie, il me semblait être né avec. Je passai consciencieusement en revue les vingt-six lettres de l'alphabet et j'en arrivai à la conclusion que la seule maladie dont je me trouvais exempt était l'inflammation du genou.
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Guy de MAUPASSANT, La Maison Tellier, 1881, « Sur l'eau ».

Guy de MAUPASSANT, La Maison Tellier, 1881, « Sur l'eau ». Cependant, la rivière s'était peu à peu couverte d'un brouillard blanc très épais qui rampait sur l'eau fort bas, de sorte que, en me dressant debout, je ne voyais plus le fleuve, ni mes pieds, ni mon bateau, mais j'apercevais seulement les pointes des roseaux, puis, plus loin, la plaine toute pale de la lumière de la lune, avec de grandes taches noires qui montait dans le ciel, formées par de groupes de peupliers d'Italie. J'étais comme enseveli jusqu'à la ceinture dans une nappe de coton d'une blancheur singulière, et il me venait des imaginations fantastiques. Je me figurais qu'on essayait de monter dans ma barque que je ne pouvais plus distinguer, et que la rivière, cachée par ce brouillard opaque, devait etre pleine d'etres étranges qui nageaient autour de moi. J'éprouvais un malaise horrible, j'avais les tempes serrées, mon coeur battait à m'étouffer et, perdant la tete, je pensai à me sauver à la nage; puis aussitot cette idée me fit frissonner d'épouvante. Je me vis perdu, allant à l'aventure dans cette brume épaisse, me débattant au milieu des herbes et des roseaux que je ne pourrais éviter, ralant de peur, ne voyant pas la berge, ne retrouvant plus mon bateau, et il me semblait que je me sentirais tiré par les pieds au fond de cette eau noire.
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BOMBARD - Guy de MAUPASSANT, Toine, 1884

BOMBARD Simon Bombard la trouvait souvent mauvaise, la vie! Il était né avec une incroyable aptitude pour ne rien faire et avec un désir immodéré de ne point contrarier cette vocation. Tout effort moral ou physique, tout mouvement accompli pour une besogne lui paraissait au-dessus de ses forces. Aussitôt qu'il entendait parler d'une affaire sérieuse il devenait distrait, son esprit étant incapable d'une tension ou même d'une attention. Fils d'un marchand de nouveautés de Caen, il se l'était coulée douce, comme on disait dans sa famille, jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Mais ses parents demeurant toujours plus près de la faillite que de la fortune, il souffrait horriblement de la pénurie d'argent. Grand, gros, beau gars, avec des favoris roux, à la normande, le teint fleuri, l'oeil bleu, bête et gai, le ventre apparent déjà, il s'habillait avec une élégance tapageuse de provincial en fête. Il riait, criait, gesticulait à tout propos, étalant sa bonne humeur orageuse avec une assurance de commis voyageur. Il considérait que la vie était faite uniquement pour bambocher et plaisanter, et sitôt qu'il lui fallait mettre un frein à sa joie braillarde, il tombait dans une sorte de somnolence hébétée, étant même incapable de tristesse. Ses besoins d'argent le harcelant, il avait coutume de répéter une phrase devenue célèbre dans son entourage: « Pour dix mille francs de rente, je me ferais bourreau ». Or, il allait chaque année passer quinze jours à Trouville. Il appelait ça "faire sa saison". Il s'installait chez des cousins qui lui prêtaient une chambre, et, du jour de son arrivée au jour du départ, il se promenait sur les planches qui longent la grande place de sable. Il allait d'un pas assuré, les mains dans ses poches ou derrière le dos, toujours vêtu d'amples habits, de gilets clairs et de cravates voyantes, le chapeau sur l'oreille et un cigare d'un sou dans le coin de la bouche. Il allait frôlant les femmes élégantes, toisant les hommes en gaillard prêt à se flanquer une tripotée, et cherchant... cherchant ... car il cherchait. Il cherchait une femme, comptant sur sa figure, sur son physique. Il s'était dit: « Que diable, dans le cas de celles qui viennent là, je finirai bien par trouver mon affaire.» Et il cherchait avec un flair de chien de chasse, un flair de Normand, sûr qu'il la connaîtrait, rien qu'en l'apercevant, celle qui le ferait riche. Guy de MAUPASSANT, Toine, 1884
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Guy de Maupassant, Bel-Ami, I, 3.

Guy de Maupassant, Bel-Ami, I, 3. Le domestique vint lui ouvrir. Il avait un tablier bleu et tenait un balai dans ses mains. "Monsieur est sorti", dit-il, sans attendre la question. Duroy insista: "Demandez à Mme Forestier si elle peut me recevoir, et prévenez-la que je viens de la part de son mari, que j'ai rencontré dans la rue." Puis il attendit. L'homme revint, ouvrit une porte à droite, et annonça: "Madame attend monsieur." Elle était assise sur un fauteuil de bureau, dans une petite pièce dont les murs se trouvaient entièrement cachés par des livres bien rangés sur des planches de bois noir. Les reliures de tons différents, rouges, jaunes, vertes, violettes, et bleues, mettaient de la couleur et de la gaieté dans cet alignement monotone de volumes. Elle se retourna, souriant toujours, enveloppée d'un peignoir blanc garni de dentelle; et elle tendit sa main, montrant son bras nu dans la manche largement ouverte. "Déjà?" dit-elle; puis elle reprit: "Ce n'est point un reproche, c'est une simple question." Il balbutia: "Oh! madame, je ne voulais pas monter; mais votre mari, que j'ai rencontré en bas, m'y a forcé. Je suis tellement confus que je n'ose pas dire ce qui m'amène." Elle montrait un siège: "Asseyez-vous et parlez." Elle maniait entre deux doigts une plume d'oie en la tournant agilement; et, devant elle, une grande page de papier demeurait écrite à moitié, interrompue à l'arrivée du jeune homme. Elle avait l'air chez elle devant cette table de travail, à l'aise comme dans son salon, occupée à sa besogne ordinaire. Un parfum léger s'envolait du peignoir, le parfum frais de la toilette récente. Et Duroy cherchait à deviner, croyait voir le corps jeune et clair, gras et chaud, doucement enveloppé dans l'étoffe moelleuse. Elle reprit, comme il ne parlait pas: "Eh bien, dites, qu'est-ce que c'est?" Il murmura, en hésitant: "Voilà... mais vraiment... je n'ose pas... C'est que j'ai travaillé hier soir très tard... et ce matin... très tôt... pour faire cet article sur l'Algérie que M. Walter m'a demandé... et je n'arrive à rien de bon... j'ai déchiré tous mes essais... Je n'ai pas l'habitude de ce travail-là, moi; et je venais demander à Forestier de m'aider... pour une fois..." Elle l'interrompit, en riant de tout son cœur, heureuse, joyeuse et flattée: "Et il vous a dit de venir me trouver?... C'est gentil ça... - Oui, madame. Il m'a dit que vous me tireriez d'embarras mieux que lui... Mais, moi, je n'osais pas, je, ne voulais pas. Vous comprenez?"
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Charles BAUDELAIRE (1821-1867) (Recueil : Les fleurs du mal) - Rêve parisien

Charles BAUDELAIRE (1821-1867) (Recueil : Les fleurs du mal) - Rêve parisien

A Constantin Guys

I

De ce terrible paysage,
Tel que jamais mortel n'en vit,
Ce matin encore l'image,
Vague et lointaine, me ravit.

Le sommeil est plein de miracles !
Par un caprice singulier,
J'avais banni de ces spectacles
Le végétal irrégulier,

Et, peintre fier de mon génie,
Je savourais dans mon tableau
L'enivrante monotonie
Du métal, du marbre et de l'eau.

Babel d'escaliers et d'arcades,
C'était un palais infini,
Plein de bassins et de cascades
Tombant dans l'or mat ou bruni ;

Et des cataractes pesantes,
Comme des rideaux de cristal,
Se suspendaient, éblouissantes,
A des murailles de métal.

Non d'arbres, mais de colonnades
Les étangs dormants s'entouraient,
Où de gigantesques naïades,
Comme des femmes, se miraient.

Des nappes d'eau s'épanchaient, bleues,
Entre des quais roses et verts,
Pendant des millions de lieues,
Vers les confins de l'univers ;

C'étaient des pierres inouïes
Et des flots magiques ; c'étaient
D'immenses glaces éblouies
Par tout ce qu'elles reflétaient !

Insouciants et taciturnes,
Des Ganges, dans le firmament,
Versaient le trésor de leurs urnes
Dans des gouffres de diamant.

Architecte de mes féeries,
Je faisais, à ma volonté,
Sous un tunnel de pierreries
Passer un océan dompté ;

Et tout, même la couleur noire,
Semblait fourbi, clair, irisé ;
Le liquide enchâssait sa gloire
Dans le rayon cristallisé.

Nul astre d'ailleurs, nuls vestiges
De soleil, même au bas du ciel,
Pour illuminer ces prodiges,
Qui brillaient d'un feu personnel !

Et sur ces mouvantes merveilles
Planait (terrible nouveauté !
Tout pour l'oeil, rien pour les oreilles !)
Un silence d'éternité.

II

En rouvrant mes yeux pleins de flamme
J'ai vu l'horreur de mon taudis,
Et senti, rentrant dans mon âme,
La pointe des soucis maudits ;

La pendule aux accents funèbres
Sonnait brutalement midi,
Et le ciel versait des ténèbres
Sur le triste monde engourdi.
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Charles CROS (1842-1888) (Recueil : Le coffret de santal) - Le hareng saur

Charles CROS (1842-1888) (Recueil : Le coffret de santal) - Le hareng saur

A Guy.

Il était un grand mur blanc - nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle - haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur - sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains - sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou - pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle - gros, gros, gros.

Alors il monte à l'échelle - haute, haute, haute,
Et plante le clou pointu - toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur blanc - nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau - qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle - longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur - sec, sec, sec.

Il redescend de l'échelle - haute, haute, haute,
L'emporte avec le marteau - lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s'en va ailleurs - loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur - sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle - longue, longue, longue,
Très lentement se balance - toujours, toujours, toujours.

J'ai composé cette histoire - simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens - graves, graves, graves,
Et amuser les enfants - petits, petits, petits.
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Jean DORAT (1517-1588) - Epithalame ou chant nuptial

Jean DORAT (1517-1588) - Epithalame ou chant nuptial

Sur le Mariage de tres-illustres Prince et Princesse

HENRI DE LORRAINE DUC DE GUYSE
ET
CATARINE DE CLEVES CONTESSE D'EU.

A TRES-ILLUSTRES PRINCE ET PRINCESSE ESPOUSEZ.

Heureux les Rois que Dieu tant favorise,
Qu'il les eslit pour sa France regir,
Tels qu'il luy plaist, de pere en fils choisir,
Tous tres-chrestiens et maintenans l'Eglise.

C'est pourquoy Dieu luy-mesme les baptise
Et sacre Roys : et ne laisse tarir
L'ampoulle encor', qui, pour ses Rois cherir,
A Sainct Remy par l'Ange fut transmise.

Et Vous heureux, en qui de Dieu est mise
Mesme faveur, comme du sang Royal,
Faisant des deux mariage loyal.

Sainct Remy mesme, à qui lors fut commise
La fiole saincte, en train Pontifical
Vient en son moys à vostre nuptial.
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Émile GOUDEAU (1849-1906) (Recueil : Fleurs du bitume) - La ronde du remords

Émile GOUDEAU (1849-1906) (Recueil : Fleurs du bitume) - La ronde du remords

Je sortais d'une orgie âcre et stupéfiante
Où ma raison avait brûlé comme un sarment ;
Plus lourde que le plomb, l'atmosphère ambiante
Faisait craquer mes os tordus d'accablement.
La fièvre secouait les cloisons de ma tempe,
Et dans le cercle blanc et rouge de la lampe
L'horreur des visions tournait cruellement.

Des parfums féminins se mêlaient dans la chambre
A l'arôme troublant des cigares fumés :
Vagues parfums d'iris, d'ylang-ylang et d'ambre,
Et de grains de sérail autrefois consumés.
Mon oreille tintait aux souvenirs d'orgie,
Et le marteau d'acier de la céphalalgie
Poussait dans mon cerveau des rêves innomés.

Ma chair était meurtrie, et mon âme si lasse,
Et par le spleen mon coeur tellement angoissé,
Que je tombai dans un fauteuil, près de la glace,
Pour me revoir comme un ami trop délaissé.
Et je me regardais de la sorte, moi-même.
La glace m'envoya mon image si blême,
Qu'on aurait dit un spectre affreux de trépassé.

Tout à coup, une voix terrible, intérieure,
Fit retentir mes nerfs, et, sortant malgré moi
De ma bouche fermée, elle emplit ma demeure
D'un cri lugubre, et j'eus peur sans savoir pourquoi.
La voix disait avec un rire métallique :
" Voici tes gueux ! voici tes morts ! voici ta clique ! "
" Maudit ! vois tes remords qui passent devant toi ! "

Dans la glace ils marchaient, les uns après les autres,
Tous les actes mauvais et louches, le front bas,
Mâchonnant dans leurs dents d'obscènes patenôtres ;
Et leur procession avançait pas à pas.
Derrière eux, les secrets calculs, les vilenies
Que tu fuis, ô mon coeur, et qu'en vain tu renies,
Comme des nains bossus agitaient de grands bras.

D'autres, parmi le bruit et parmi les huées,
Ivres, et revêtus d'habits de croque-morts,
Portaient des cercueils pleins d'illusions tuées
Dont je ne reverrai les âmes ni les corps.
Que de rêves défunts d'héroïsme ou de gloire,
Quels cadavres d'amours souillés de fange noire
Ont roulé sous les pieds des spectres du Remords !

Puis tous les nains bossus et tous les gueux immondes,
Avec la joie atroce et funèbre du Mal,
Autour de ces débris commencèrent des rondes
Que guidait invisible un orchestre infernal.
Et dans le tourbillon je ne sais qui m'entraîne
Hurrah ! c'est la Saint-Guy, la tarentelle obscène,
Et je danse avec eux le ballet bacchanal.

Sombre nuit, où je vis tant de hontes recluses
Sortir du passé pour m'offrir leur nudité ;
Où le torrent jeta par-dessus ses écluses
La fange de mon coeur et son iniquité...
Hélas ! quand le soleil, cognant à ma fenêtre,
M'éveilla, je compris que, la veille peut-être,
Le fleuve où j'avais bu n'était pas le Léthé.
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Jeanne-Marie GUYON (1648-1717) - Ôtez la rouille et il se formera un vase très pur

Jeanne-Marie GUYON (1648-1717) - Ôtez la rouille et il se formera un vase très pur

Hélas ! mon coeur est plein de rouille,
Que cause ma propriété :
Si j'ai de vos dons, je les souille ;
Mettez-le, Mon Seigneur, dans votre vérité.

Ah ! faites-le passer sous la meule avec l'eau ;
N'épargnez point les coups, mais lavez son ordure ;
Non, ce n'est pas assez ; formez-en un nouveau
Qui n'ait plus rien de l'humaine nature.

Vous avez un moyen qui me paraît plus court :
Mettez-le dans votre fournaise,
Daignez le consumer du feu de votre amour ;
Il fera plus d'effet que la plus forte braise.

Mes yeux fourniront assez d'eau
Pour laver mon coeur infidèle :
Mais, ô divin Amour, sans ce sacré fourneau
Il pourra contracter des souillures nouvelles.
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Guy Le Fevre de LA BODERIE (1541-1590) (Recueil : L'Encyclie des secrets de L'Eternité) - A M. Charles Toustain

Guy Le Fevre de LA BODERIE (1541-1590) (Recueil : L'Encyclie des secrets de L'Eternité) - A M. Charles Toustain

Dieu qui est Un en Trois, par pois, nombre, et mesure
Crea, feist, et forma de sa Parole et Vois
Ce grand Tout, mon Toustain, ce grand Tout que tu vois
Parfait et accomply d'admirable structure :

Et ne se trouve rien en toute la Nature
Sans la dimension, sans le nombre, et le pois,
Ni artisan apris qui n'observe ces trois
S'il veut du grand Ouvrier suivre l'Architecture.

Tu as donc imité l'Autheur de l'univers
En la perfection de noz Galliques vers
Au métre balancé ayant couplé le Nombre :

Un seul point j'y requiers, c'est de les voir servir
A louer ce grand Dieu qui t'a fait l'ensuivir ;
Car autrement le Vers n'est animé que d'Ombre.
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Guy Le Fevre de LA BODERIE (1541-1590) (Recueil : L'Encyclie des secrets de L'Eternité) - Au mesme (M. Charles Toustain)

Guy Le Fevre de LA BODERIE (1541-1590) (Recueil : L'Encyclie des secrets de L'Eternité) - Au mesme (M. Charles Toustain)

Au Temple que bastit le Roy paisible et sage
Dedans Jerusalem, une viz on montoit,
Et quinze grans dégrez en la viz on contoit
Avant que parvenir jusqu'au troisième estage.

De la vient que David par son divin présage
Sur les quinze dégrez, quinze Pseaumes chantoit,
Alors qu'à l'Eternel ses veus il présentoit
Dedans le Pavillon du Sacré Tesmoignage.

Tout-ainsi, mon Toustain, qui dans la Cité sainte
(Que le Disciple aymé si belle nous a peinte)
Desire parvenir, il fault que quinze marches

Il monte avec le Roy et Harpeur des Hébrieus :
La Terre, Eau, Air, et Feu, l'Ether, et les dis Cieus,
Pour puis faire oraison dedans l'Arche des Arches.
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Guy Le Fevre de LA BODERIE (1541-1590) (Recueil : L'Encyclie des secrets de L'Eternité) - Au seigneur Christophle Plantin

Guy Le Fevre de LA BODERIE (1541-1590) (Recueil : L'Encyclie des secrets de L'Eternité) - Au seigneur Christophle Plantin

pour estrenes le premier jour de l'an 1570


Ainsi que le Soleil qui les ans nous compasse
Au compas de son char l'autre ayant compassé,
Vient compasser cestuy apres le viel passé
Et d'un compassement l'un dedans l'autre enlace :

Ainsi mon Encyclie où meins cercles j'embrasse,
Au Compas de la plume ayant son Rond tracé,
Afin qu'au cours des ans il ne soit effacé
S'offre à ton grand Compas qu'encor il la retrace.

Le Compas de Phebus entre tous les Flambeaus
Seul des ans anelez mesure les aneaus ;
Le Compas de Plantin bien planté en son centre

Entre les Imprimeurs seul remporte le pris,
Et pource je luy donne et mes Cercles écrits,
Et ma FIGURE ELUE où mon nom sort et entre.
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Guy Le Fevre de LA BODERIE (1541-1590) (Recueil : L'Encyclie des secrets de L'Eternité) - Aux naturalistes et mecreans

Guy Le Fevre de LA BODERIE (1541-1590) (Recueil : L'Encyclie des secrets de L'Eternité) - Aux naturalistes et mecreans

Comme le beau Soleil de sourgeon perennel
Dardant son ray subtil penetre une verriere
Sans le verre casser, et sans que sa lumiere
Il retranche d'avec son pur rayon isnel :

Ainsi nous envoya Dieu le Pere eternel
Son Verbe et sa splendeur dedans la Vierge entiere,
Sans fendre son Christal ni rompre sa barrière,
Et sans se separer du sourgeon paternel.

Vous qui ne donnez foy à la sainte ecriture,
Remerquez ce mystere au livre de Nature :
Ouvres les yeux de l'Ame afin d'apercevoir

Le Soleil du soleil qui dans les coeurs veut naistre :
Et n'attribuez plus au serviteur qu'au maistre :
Puissant doit estre cil qui donne à tous pouvoir.
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Guy Le Fevre de LA BODERIE (1541-1590) (Recueil : L'Encyclie des secrets de L'Eternité) - L'Homme, le fort Lion ; le Boeuf, et l'Aigle en pointe

Guy Le Fevre de LA BODERIE (1541-1590) (Recueil : L'Encyclie des secrets de L'Eternité) - L'Homme, le fort Lion ; le Boeuf, et l'Aigle en pointe

L'Homme, le fort Lion ; le Boeuf, et l'Aigle en pointe,
Mathieu, Marc, Luc, et Jean ores vont accordant
L'Orient, le Midi, le North et l'Occident,
Et Nature, et la Loy, Grace, et Raison conjointe.

Ninus, Cyre, Aléxandre, et César le plus cointe
Ont esté renversez du chariot ardent :
Le Chaldé, Perse, et Grec, et le Rommain prudent
Ont cedé à l'Agneau qui à Dieu nous apointe.

Ores l'Aigle, et le Boeuf, et le Lion, et l'Homme
Par l'Hébrieu, Syrien, Grec, et parler de Romme
D'Occident et du North, du Midi, et Levant,

De l'Europe, et d'Asie, Afrique, et Atlantide
Vont cueillir les éleus du grand Dieu qui préside,
En Raison, Grace, Loy, et nature escrivant.
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Alphonse de LAMARTINE (1790-1869) (Recueil : Méditations poétiques) - La semaine Sainte à la Roche-Guyon

Alphonse de LAMARTINE (1790-1869) (Recueil : Méditations poétiques) - La semaine Sainte à la Roche-Guyon

Ici viennent mourir les derniers bruits du monde
Nautoniers sans étoile, abordez ! c'est le port :
Ici l'âme se plonge en une paix profonde,
Et cette paix n'est pas la mort.

Ici jamais le ciel n'est orageux ni sombre ;
Un jour égal et pur y repose les yeux.
C'est ce vivant soleil, dont le soleil est l'ombre,
Qui le répand du haut des cieux.

Comme un homme éveillé longtemps avant l'aurore
Jeunes, nous avons fui dans cet heureux séjour,
Notre rêve est fini, le vôtre dure encore ;
Eveillez-vous ! voilà le jour.

Coeurs tendres, approchez ! Ici l'on aime encore ;
Mais l'amour, épuré, s'allume sur l'autel.
Tout ce qu'il a d'humain, à ce feu s'évapore ;
Tout ce qui reste est immortel !

La prière qui veille en ces saintes demeures
De l'astre matinal nous annonce le cours ;
Et, conduisant pour nous le char pieux des heures,
Remplit et mesure nos jours.

L'airain religieux s'éveille avec l'aurore. ;
Il mêle notre hommage à la voix des zéphyrs,
Et les airs, ébranlés sous le marteau sonore,
Prennent l'accent de nos soupirs.

Dans le creux du rocher, sous une voûte obscure,
S'élève un simple autel : roi du ciel, est-ce toi ?
Oui, contraint par l'amour, le Dieu de la nature
Y descend, visible à la foi.

Que ma raison se taise, et que mon coeur adore !
La croix à mes regards révèle un nouveau jour ;
Aux pieds d'un Dieu mourant, puis-je douter encore ?
Non, l'amour m'explique l'amour !

Tous ces fronts prosternés, ce feu qui les embrase,
Ces parfums, ces soupirs s'exhalant du saint lieu,
Ces élans enflammés, ces larmes de l'extase,
Tout me répond que c'est un Dieu.

Favoris du Seigneur, souffrez qu'à votre exemple,
Ainsi qu'un mendiant aux portes d'un palais,
J'adore aussi de loin, sur le seuil de son temple,
Le Dieu qui vous donne la paix.

Ah ! laissez-moi mêler mon hymne à vos louanges !
Que mon encens souillé monte avec votre encens.
Jadis les fils de l'homme aux saints concerts des anges
Ne mêlaient-ils pas leurs accents !

Du nombre des vivants chaque aurore m'efface,
Je suis rempli de jours, de douleurs, de remords.
Sous le portique obscur venez marquer ma place,
Ici, près du séjour des morts !

Souffrez qu'un étranger veille auprès de leur cendre,
Brûlant sur un cercueil comme ces saints flambeaux;
La mort m'a tout ravi, la mort doit tout me rendre;
J'attends le réveil des tombeaux !

Ah ! puissé-je près d'eux, au gré de mon envie,
A l'ombre de l'autel, et non loin de ce port,
Seul, achever ainsi les restes de ma vie
Entre l'espérance et la mort !
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Clément MAROT (1497-1544) - A madame de Ferrare

Clément MAROT (1497-1544) - A madame de Ferrare

Me souvenant de tes bontez divines
Suis en douleur, princesse, à ton absence ;
Et si languy quant suis en ta presence,
Voyant ce lys au milieu des espines.

Ô la doulceur des doulceurs femenines,
Ô cueur sans fiel, ô race d'excellence,
Ô traictement remply de violance,
Qui s'endurçist pres des choses benignes.

Si seras tu de la main soustenue
De l'eternel, comme sa cher tenue ;
Et tes nuysans auront honte et reproche.

Courage, dame, en l'air je voy la nue
Qui ça et là s'escarte et diminue,
Pour faire place au beau temps qui s'approche.
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Guy de MAUPASSANT (1850-1893) (Recueil : Des vers) - Désirs

Guy de MAUPASSANT (1850-1893) (Recueil : Des vers) - Désirs

Le rêve pour les uns serait d'avoir des ailes,
De monter dans l'espace en poussant de grands cris,
De prendre entre leurs doigts les souples hirondelles,
Et de se perdre, au soir, dans les cieux assombris.

D'autres voudraient pouvoir écraser des poitrines
En refermant dessus leurs deux bras écartés ;
Et, sans ployer des reins, les prenant aux narines,
Arrêter d'un seul coup les chevaux emportés.

Moi ; ce que j'aimerais, c'est la beauté charnelle :
Je voudrais être beau comme les anciens dieux,
Et qu'il restât aux coeurs une flamme éternelle
Au lointain souvenir de mon corps radieux.

Je voudrais que pour moi nulle ne restât sage,
Choisir l'une aujourd'hui, prendre l'autre demain ;
Car j'aimerais cueillir l'amour sur mon passage,
Comme on cueille des fruits en étendant la main.

Ils ont, en y mordant, des saveurs différentes ;
Ces arômes divers nous les rendent plus doux.
J'aimerais promener mes caresses errantes
Des fronts en cheveux noirs aux fronts en cheveux roux.

J'adorerais surtout les rencontres des rues,
Ces ardeurs de la chair que déchaîne un regard,
Les conquêtes d'une heure aussitôt disparues,
Les baisers échangés au seul gré du hasard.

Je voudrais au matin voir s'éveiller la brune
Qui vous tient étranglé dans l'étau de ses bras ;
Et, le soir, écouter le mot que dit tout bas
La blonde dont le front s'argente au clair de lune.

Puis, sans un trouble au coeur, sans un regret mordant,
Partir d'un pied léger vers une autre chimère.
- Il faut dans ces fruits-là ne mettre que la dent :
On trouverait au fond une saveur amère.
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Guy de MAUPASSANT (1850-1893) (Recueil : Des vers) - L'oiseleur

Guy de MAUPASSANT (1850-1893) (Recueil : Des vers) - L'oiseleur

L'oiseleur Amour se promène
Lorsque les coteaux sont fleuris,
Fouillant les buissons et la plaine ;
Et chaque soir sa cage est pleine
Des petits oiseaux qu'il a pris.

Aussitôt que la nuit s'efface
Il vient, tend avec soin son fil,
Jette la glu de place en place,
Puis sème, pour cacher la trace,
Quelques brins d'avoine ou de mil.

Il s'embusque au coin d'une haie,
Se couche aux berges des ruisseaux,
Glisse en rampant sous la futaie,
De crainte que son pied n'effraie
Les rapides petits oiseaux.

Sous le muguet et la pervenche
L'enfant rusé cache ses rets,
Ou bien sous l'aubépine blanche
Où tombent, comme une avalanche,
Linots, pinsons, chardonnerets.

Parfois d'une souple baguette
D'osier vert ou de romarin
Il fait un piège, et puis il guette
Les petits oiseaux en goguette
Qui viennent becqueter son grain.

Étourdi, joyeux et rapide,
Bientôt approche un oiselet :
Il regarde d'un air candide,
S'enhardit, goûte au grain perfide,
Et se prend la patte au filet.

Et l'oiseleur Amour l'emmène
Loin des coteaux frais et fleuris,
Loin des buissons et de la plaine,
Et chaque soir sa cage est pleine
Des petits oiseaux qu'il a pris.
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Guy de MAUPASSANT (1850-1893) (Recueil : Des vers) - Les oies sauvages

Guy de MAUPASSANT (1850-1893) (Recueil : Des vers) - Les oies sauvages

Tout est muet, l'oiseau ne jette plus ses cris.
La morne plaine est blanche au loin sous le ciel gris.
Seuls, les grands corbeaux noirs, qui vont cherchant leurs proies,
Fouillent du bec la neige et tachent sa pâleur.

Voilà qu'à l'horizon s'élève une clameur ;
Elle approche, elle vient, c'est la tribu des oies.
Ainsi qu'un trait lancé, toutes, le cou tendu,
Allant toujours plus vite, en leur vol éperdu,
Passent, fouettant le vent de leur aile sifflante.

Le guide qui conduit ces pèlerins des airs
Delà les océans, les bois et les déserts,
Comme pour exciter leur allure trop lente,
De moment en moment jette son cri perçant.

Comme un double ruban la caravane ondoie,
Bruit étrangement, et par le ciel déploie
Son grand triangle ailé qui va s'élargissant.

Mais leurs frères captifs répandus dans la plaine,
Engourdis par le froid, cheminent gravement.
Un enfant en haillons en sifflant les promène,
Comme de lourds vaisseaux balancés lentement.
Ils entendent le cri de la tribu qui passe,
Ils érigent leur tête ; et regardant s'enfuir
Les libres voyageurs au travers de l'espace,
Les captifs tout à coup se lèvent pour partir.
Ils agitent en vain leurs ailes impuissantes,
Et, dressés sur leurs pieds, sentent confusément,
A cet appel errant se lever grandissantes
La liberté première au fond du coeur dormant,
La fièvre de l'espace et des tièdes rivages.
Dans les champs pleins de neige ils courent effarés,
Et jetant par le ciel des cris désespérés
Ils répondent longtemps à leurs frères sauvages.
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Guy de MAUPASSANT (1850-1893) (Recueil : Des vers) - Nuit de neige

Guy de MAUPASSANT (1850-1893) (Recueil : Des vers) - Nuit de neige

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.
L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,
Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ;
Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.
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Guy de MAUPASSANT (1850-1893) (Recueil : Des vers) - Promenade à seize ans

Guy de MAUPASSANT (1850-1893) (Recueil : Des vers) - Promenade à seize ans

La terre souriait au ciel bleu. L'herbe verte
De gouttes de rosée était encor couverte.
Tout chantait par le monde ainsi que dans mon coeur.
Caché dans un buisson, quelque merle moqueur
Sifflait. Me raillait-il ? Moi, je n'y songeais guère.
Nos parents querellaient, car ils étaient en guerre
Du matin jusqu'au soir, je ne sais plus pourquoi.
Elle cueillait des fleurs, et marchait près de moi.
Je gravis une pente et m'assis sur la mousse
A ses pieds. Devant nous une colline rousse
Fuyait sous le soleil jusques à l'horizon.
Elle dit : "Voyez donc ce mont, et ce gazon
Jauni, cette ravine au voyageur rebelle !"
Pour moi je ne vis rien, sinon qu'elle était belle.
Alors elle chanta. Combien j'aimais sa voix !
Il fallut revenir et traverser le bois.
Un jeune orme tombé barrait toute la route ;
J'accourus ; je le tins en l'air comme une voûte
Et, le front couronné du dôme verdoyant,
La belle enfant passa sous l'arbre en souriant.
Émus de nous sentir côte à côte, et timides,
Nous regardions nos pieds et les herbes humides.
Les champs autour de nous étaient silencieux.
Parfois, sans me parler, elle levait les yeux ;
Alors il me semblait (je me trompe peut-être)
Que dans nos jeunes coeurs nos regards faisaient naître
Beaucoup d'autres pensers, et qu'ils causaient tout bas
Bien mieux que nous, disant ce que nous n'osions pas.
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Charles d' ORLEANS (1394-1465) (Recueil : Ballades) - Le beau souleil, le jour saint Valentin

Charles d' ORLEANS (1394-1465) (Recueil : Ballades) - Le beau souleil, le jour saint Valentin

Le beau souleil, le jour saint Valentin,
Qui apportoit sa chandelle alumee,
N'a pas longtemps entra un bien matin
Priveement en ma chambre fermee.
Celle clarté qu'il avoit apportee,
Si m'esveilla du somme de soussy
Ou j'avoye toute la nuit dormy
Sur le dur lit d'ennuieuse pensee.

Ce jour aussi, pour partir leur butin
Les biens d'Amours, faisoient assemblee
Tous les oyseaulx qui, parlans leur latin,
Crioyent fort, demandans la livree
Que Nature leur avoit ordonnee
C'estoit d'un per* comme chascun choisy.
Si ne me peu rendormir, pour leur cry,
Sur le dur lit d'ennuieuse pensee.

Lors en moillant de larmes mon coessin
Je regrettay ma dure destinee,
Disant : " Oyseaulx, je vous voy en chemin
De tout plaisir et joye desiree.
Chascun de vous a per qui lui agree,
Et point n'en ay, car Mort, qui m'a trahy,
A prins mon per dont en dueil je languy
Sur le dur lit d'ennuieuse pensee. "

ENVOI

Saint Valentin choisissent ceste annee
Ceulx et celles de l'amoureux party.
Seul me tendray, de confort desgarny,
Sur le dur lit d'ennuieuse pensee.

(*) compagnon
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Arthur RIMBAUD (1854-1891) (Recueil : Derniers vers) - Bruxelles

Arthur RIMBAUD (1854-1891) (Recueil : Derniers vers) - Bruxelles

Plates-bandes d'amarantes jusqu'à
L'agréable palais de Jupiter.
- Je sais que c'est Toi qui, dans ces lieux,
Mêles ton bleu presque de Sahara !

Puis, comme rose et sapin du soleil
Et liane ont ici leurs jeux enclos,
Cage de la petite veuve !...
Quelles
Troupes d'oiseaux, ô ia io, ia io !...

- Calmes maisons, anciennes passions !
Kiosque de la Folle par affection.
Après les fesses des rosiers, balcon
Ombreux et très bas de la Juliette.

- La Juliette, ça rappelle l'Henriette,
Charmante station du chemin de fer,
Au coeur d'un mont, comme au fond d'un verger
Où mille diables bleus dansent dans l'air !

Banc vert où chante au paradis d'orage,
Sur la guitare, la blanche Irlandaise.
Puis, de la salle à manger guyanaise,
Bavardage des enfants et des cages.

Fenêtre du duc qui fais que je pense
Au poison des escargots et du buis
Qui dort ici-bas au soleil.
Et puis
C'est trop beau ! trop ! Gardons notre silence.

- Boulevard sans mouvement ni commerce,
Muet, tout drame et toute comédie,
Réunion des scènes infinie
Je te connais et t'admire en silence.
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