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Sujet : D'Holbach (1723-1789), La morale universelle ou Les devoirs de l'homme fondés sur sa nature, « De l'autorité ».

Extrait étudié : D'Holbach (1723-1789), La morale universelle ou Les devoirs de l'homme fondés sur sa nature, « De l'autorité ». Dépendre de quelqu'un, c'est avoir besoin de lui pour se conserver et se rendre heureux. Le besoin est le principe et le motif de la vie sociale; nous dépendons de ceux qui nous procurent des biens que nous serions incapables d'obtenir par nous-mêmes. L'autorité des parents et la dépendance des enfants, ont pour principe le besoin continuel qu'ont ces derniers de l'expérience, des conseils, des secours, des bienfaits, de la protection de leurs parents pour obtenir des avantages qu'ils sont incapables de se procurer. C'est sur les mêmes motifs que se fonde l'autorité de la société et de ses lois, qui, pour le bien de tous, doivent commander à tous. La diversité et l'inégalité que la nature a mises entre les hommes, donne une supériorité naturelle à ceux qui surpassent les autres par les forces du corps, par les talents de l'esprit, par une grande expérience, par une raison plus éclairée, par des vertus et des qualités utiles à la société. Il est juste que celui qui se trouve capable de faire jouir les autres de grands biens, soit préféré à celui qui ne leur est bon à rien. La nature ne soumet les hommes à d'autres hommes que par les besoins qu'elle leur donne et qu'ils ne peuvent satisfaire sans leurs secours. Toute supériorité, pour être juste, doit être fondée sur les avantages réels dont on fait jouir les autres hommes. Voilà les titres légitimes de la souveraineté, de la grandeur, des richesses, de la noblesse, de toute espèce de puissance : voilà la source raisonnable des distinctions et des rangs divers qui s'établissent dans une société. L'obéissance et la subordination consistent à soumettre ses actions à la volonté de ceux que l'on juge capables de procurer les biens que l'on désire, ou d'en priver. L'espérance de quelque bien ou la crainte de quelque mal sont les motifs de l'obéissance du sujet envers son prince, du respect du citoyen pour ses magistrats, de la déférence du peuple pour les grands, de la dépendance où les pauvres sont des riches et des puissants, etc. Mais si la justice approuve la préférence ou la supériorité que les hommes accordent à ceux qui sont les plus utiles à leur bien-être, la justice cesse d'approuver cette préférence aussitôt que ces hommes supérieurs abusent de leur autorité pour nuire. La justice se nomme équité, parce que, nonobstant l'inégalité naturelle des hommes, elle veut qu'on respecte également les droits de tous, et défend aux plus forts de se prévaloir de leurs forces contre les plus faibles. On voit, d'après ces principes, que la société, ou ceux qu'elle a choisis pour annoncer ses lois, exercent une autorité qui doit être reconnue par tous ceux qui jouissent des avantages de la société. Si les lois sont justes, c'est-à-dire conformes à l'utilité générale et au bien des êtres associés, elles les obligent tous également, et punissent très justement ceux qui les violent. Punir quelqu'un c'est lui causer du mal, c'est le priver des avantages dont il jouissait, et dont il aurait continué de jouir, s'il eût suivi les règles de la justice indiquées par la prudence de la société. Destinée à conserver les droits des hommes et à les garantir de leurs passions mutuelles, la loi doit punir ceux qui se montrent rebelles aux volontés générales. Elle peut priver du bien-être et réprimer ceux qui troublent la félicité publique, afin de contenir par la crainte ceux que leurs passions empêchent d'entendre la voix publique et qui refusent de remplir les engagements du pacte social.

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