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Sujet : COLETTE (1873-1954), Les Vrilles de la vigne, 1908

Extrait étudié : COLETTE (1873-1954), Les Vrilles de la vigne, 1908 [Les Vrilles de la vigne rassemble de courtes nouvelles d'origine biographique dans lesquelles l'auteur exprime son goût pour la nature et la nostalgie du village de son enfance. Ce texte est extrait de « Rêverie de nouvel an » : au soir du nouvel an, après une promenade dans son quartier parisien enneigé, la narratrice se retrouve « en face de [son] feu, de [sa] solitude, en face d'[elle-même]».] Ma solitude, cette neige de décembre, ce seuil d'une autre année ne me rendront pas le frisson d'autrefois, alors que dans la nuit longue je guettais le frémissement lointain, mêlé aux battements de mon coeur, du tambour municipal, donnant au petit matin du 1er janvier, l'aubade1 au village endormi... Ce tambour dans la nuit glacée, vers six heures, je le redoutais, je l'appelais du fond de mon lit d'enfant, avec une angoisse nerveuse proche des pleurs, les mâchoires serrées, le ventre contracté... Ce tambour seul, et non les douze coups de minuit, sonnait pour moi l'ouverture éclatante de la nouvelle année, l'avènement2 mystérieux après quoi haletait le monde entier, suspendu au premier rrran du vieux tapin3 de mon village. Il passait, invisible dans le matin fermé, jetant aux murs son alerte et funèbre petite aubade, et derrière lui une vie recommençait, neuve et bondissante vers douze mois nouveaux... Délivrée, je sautais de mon lit à la chandelle, je courais vers les souhaits, les baisers, les bonbons, les livres à tranche d'or... j'ouvrais la porte aux boulangers portant les cent livres de pain et jusqu'à midi, grave, pénétrée d'une importance commerciale4, je tendais à tous les pauvres, les vrais et les faux, le chanteau de pain et le décime5 qu'ils recevaient sans humilité et sans gratitude... Matins d'hiver, lampe rouge dans la nuit, air immobile et âpre d'avant le lever du jour, jardin deviné dans l'aube obscure, rapetissé, étouffé de neige, sapins accablés qui laissiez, d'heure en heure, glisser en avalanches le fardeau de vos bras noirs, coups d'éventails des passereaux6 effarés, et leurs jeux inquiets dans une poudre de cristal plus ténue, plus pailletée que la brume irisée d'un jet d'eau... O tous les hivers de mon enfance, une journée d'hiver vient de vous rendre à moi ! C'est mon visage d'autrefois que je cherche, dans ce miroir ovale saisi d'une main distraite, et non mon visage de femme, de femme jeune que sa jeunesse va bientôt quitter... 1. « aubade » : concert donné à l'aube sous les fenêtres de quelqu'un. 2. « avènement» : arrivée, venue. 3. « tapin » : celui qui bat du tambour. 4. « pénétrée d'une importance commerciale» : convaincue de jouer un rôle commercial important 5. « le chanteau de pain » : morceau d'un grand pain ; « décime» : dix centimes. Termes rares et régionaux. 6. « passereaux » : oiseaux de petite taille.
Extrait du commentaires :

Sidonie Gabrielle Colette (1873-1954), dite Colette, est une romancière française, élue membre de l’Académie Goncourt en 1945.
Elle passe une enfance heureuse à la campagne, adorée par sa mère comme un « joyau tout en or » au sein d’une nature fraternelle. Adolescente, elle rencontre adolescente Henry Gauthier-Villars, surnommé « Willy », avec qui elle se marie en 1893. Colette écrit donc Claudine à l'école, puis toute la série des Claudine (La Maison de Claudine, Claudine à Paris, Claudine en ménage, etc.). Mais tous ses romans seront publiés sous le nom du seul Willy… Colette et Willy divorcent. La jeune femme continue à écrire (ex : Le Blé en herbe), mène une vie originale et devient même actrice de mime. Toute sa vie, Colette rappelle l’amour qu’elle a de la nature, de la campagne…
 
Les Vrilles de la vigne rassemble de courtes nouvelles d'origine biographique dans lesquelles l'auteur exprime son goût pour la nature et la nostalgie du village de son enfance.
 « Rêverie de nouvel an » : au soir du nouvel an, après une promenade dans son quartier parisien enneigé, la narratrice se retrouve « en face de [son] feu, de [sa] solitude, en face d'[elle-même]».

 COLETTE (1873-1954), Les Vrilles de la vigne, 1908 Corrigé directement accessible

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