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Sujet : Blaise Pascal (1623-1662), Pensées (1669), 139

Extrait étudié : Blaise Pascal (1623-1662), Pensées (1669), 139 Divertissement - "Quand je m'y suis mis quelquefois, à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s'exposent, dans la cour, dans la guerre, d'où naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme1 qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. On n'achètera une charge à l'armée si cher, que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir. Mais quand j'ai pensé de plus près, et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près. Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde, et cependant qu'on s'en imagine, accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher. S'il est sans divertissement, et qu'on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu'il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables ; de sorte que, s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux et plus malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et se divertit."
Extrait du commentaires :

Le passage est extrait d'un des plus longs fragments des Pensées (fr. 139 dans l'édition Brunschvicg [Hachette], 136 dans l'édition Lafuma [« l'Intégrale », au Seuil]). [Ces deux éditions étant les plus courantes et les plus intéressantes, nous donnerons chaque fois la référence à Lafuma, puis la référence à Brunschvicg.] Nous savons maintenant que PASCAL lui-même avait réuni environ le tiers de ses notes en vingt-sept liasses. Le fragment appartient à la huitième, intitulée « le Divertissement ». Il semble que l'apologiste, après avoir évoqué la misère et la grandeur de l'homme et des sociétés, se proposait d'insister sur le grand thème de l'inconscience humaine, le divertissement : Les hommes n'ayant pu guérir la mort, la misère, l'ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser (fr. 133-168).

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