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Sujet : Balzac, Le Colonel Chabert.

Balzac, Le Colonel Chabert.

Extrait étudié : Balzac, Le Colonel Chabert. Huit jours après les deux visites que Derville avait faites, et par une belle matinée du mois de juin, les époux, désunis par un hasard presque surnaturel, partirent des deux points les plus opposés de Paris, pour venir se rencontrer dans l'Etude de leur avoué commun. Les avances qui furent largement faites par Derville au colonel Chabert lui avaient permis d'être vêtu selon son rang. Le défunt arriva donc voituré dans un cabriolet fort propre. Il avait la tête couverte d'une perruque appropriée à sa physionomie, il était habillé de drap bleu, avait du linge blanc, et portait sous son gilet le sautoir rouge des grands-officiers de la Légion d'Honneur. En reprenant les habitudes de l'aisance, il avait retrouvé son ancienne élégance martiale. Il se tenait droit. Sa figure, grave et mystérieuse, où se peignaient le bonheur et toutes ses espérances, paraissait être rajeunie et plus grasse, pour emprunter à la peinture une de ses expressions les plus pittoresques. Il ne ressemblait pas plus au Chabert en vieux carrick, qu'un gros sou ne ressemble à une pièce de quarante francs nouvellement frappée. A le voir, les passants eussent facilement reconnu en lui l'un de ces beaux débris de notre ancienne armée, un de ces hommes héroïques sur lesquels se reflète notre gloire nationale, et qui la représentent comme un éclat de glace illuminé par le soleil semble en réfléchir tous les rayons. Ces vieux soldats sont tout ensemble des tableaux et des livres. Quand le comte descendit de sa voiture pour monter chez Derville, il sauta légèrement comme aurait pu faire un jeune homme. A peine son cabriolet avait-il retourné, qu'un joli coupé tout armorié arriva. Madame la comtesse Ferraud en sortit dans une toilette simple, mais habilement calculée pour montrer la jeunesse de sa taille. Elle avait une jolie capote doublée de rose qui encadrait parfaitement sa figure, en dissimulait les contours, et la ravivait. Si les clients s'étaient rajeunis, l'Etude était restée semblable à elle-même, et offrait alors le tableau par la description duquel cette histoire a commencé. Simonnin déjeunait, l'épaule appuyée sur la fenêtre qui alors était ouverte ; et il regardait le bleu du ciel par l'ouverture de cette cour entourée de quatre corps de logis noirs. - Ha ! s'écria le petit clerc, qui veut parier un spectacle que le colonel Chabert est général, et cordon rouge ? - Le patron est un fameux sorcier ! dit Godeschal. - Il n'y a donc pas de tour à lui jouer cette fois ? demanda Desroches. - C'est sa femme qui s'en charge, la comtesse Ferraud ! dit Boucard. - Allons, dit Godeschal, la comtesse Ferraud serait donc obligée d'être à deux... - La voilà ! dit Simonnin. En ce moment, le colonel entra et demanda Derville. - Il y est, monsieur le comte, répondit Simonnin.
Extrait du commentaires :

 « Huit jours après les deux visites que Derville avait faites, et par une belle matinée du mois de juin, les époux, désunis par un hasard presque surnaturel, partirent des deux points les plus opposés de Paris, pour venir se rencontrer dans l'Etude de leur avoué commun. Les avances qui furent largement faites par Derville au colonel Chabert lui avaient permis d'être vêtu selon son rang. Le défunt arriva donc voituré dans un cabriolet fort propre. Il avait la tête couverte d'une perruque appropriée à sa physionomie, il était habillé de drap bleu, avait du linge blanc, et portait sous son gilet le sautoir rouge des grands-officiers de la Légion d'Honneur. En reprenant les habitudes de l'aisance, il avait retrouvé son ancienne élégance martiale. Il se tenait droit. Sa figure, grave et mystérieuse, où se peignaient le bonheur et toutes ses espérances, paraissait être rajeunie et plus grasse, pour emprunter à la peinture une de ses expressions les plus pittoresques. Il ne ressemblait pas plus au Chabert en vieux carrick, qu'un gros sou ne ressemble à une pièce de quarante francs nouvellement frappée. A le voir, les passants eussent facilement reconnu en lui l'un de ces beaux débris de notre ancienne armée, un de ces hommes héroïques sur lesquels se reflète notre gloire nationale, et qui la représentent comme un éclat de glace illuminé par le soleil semble en réfléchir tous les rayons. Ces vieux soldats sont tout ensemble des tableaux et des livres. Quand le comte descendit de sa voiture pour monter chez Derville, il sauta légèrement comme aurait pu faire un jeune homme ».

Le passage que nous avons à étudier prend place à un moment central du Colonel Chabert d’Honoré de Balzac : il s’agit de l’instant qui précède la rencontre du Colonel Chabert, tenu pour mort depuis dix ans à la bataille d’Eylau après avoir participe à une offensive audacieuse du Marechal Murat, avec sa propre épouse. Cette dernière, ayant cru que son mari était décédé, s’est remariée avec un homme avide de pouvoir, le Comte Ferraud, dont elle a eu deux enfants. La rencontre que prépare le passage que nous avons à étudier est organisée par l’avoué Derville, qui a accepté de se charger de « l’affaire Chabert » : elle a pour objet la demande de l’officier de Napoléon, qui prétend regagner sa fortune, son rang – et pourquoi pas sa femme… Dans tout le passage que nous avons à étudier, nous pouvons noter l’existence d’une compétition souterraine entre la littérature et l’art pictural dont la phrase : « Ces vieux soldats sont tout ensemble des tableaux et des livres » peut-être considérée comme l’une des meilleures illustrations. C’est ainsi que le portrait du Colonel Chabert peut être interprété, par delà son importance au niveau de la narration (il s’agit d’une description méliorative, qui annonce un renouveau du personnage dont l’apparence jusqu’alors était pour le moins lugubre…) dans une perspective plus large, qui est celle d’une concurrence avec la peinture.
La question au centre de notre étude de ce texte de Balzac sera donc de déterminer dans quelle mesure le portrait du Colonel Chabert est nécessaire à l’action romanesque et à l’affirmation de l’art romanesque contre l’art pictural. 

Balzac, Le Colonel Chabert. Corrigé directement accessible

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